Le petit mot d’encouragement de l’éditeur : mon avis à ce sujet

 

 

 

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Si si, y’a un rapport avec ce joli tracteur rouge,

tu verras.

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Toi, jeune auteur en quête d’éditeur, tu as donc entamé le long processus de la quête d’un premier contrat d’édition.

Tu procèdes à tes envois après avoir bien retravaillé ton manuscrit, et selon les conseils de mises en forme de ton cher ami Stoni.

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D’ailleurs, tu as bien lu le blog dudit Stoni et as désormais pigé que le talent, ça n’existe pas (mais l’économie de marché, si : un livre est édité parce qu’il sera susceptible de rencontrer un lectorat). Tu as aussi pigé que pour l’éditeur, l’auteur est un caca boudin qui pue.

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Oui, je sais, ces phrases d’introduction font quelque peu distribution de liens gratuite. Mais au vu des messages que je reçois, nombre d’entre vous n’ont pas lu tous mes articles, ou bien n’ont pas voulu les lire en entier… Un petit rappel n’a jamais fait de mal à personne.

 

Bref.

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Lorsque tu envoies ton manuscrit à des éditeurs, tu as deux espoirs.

Primo : que l’on te propose un contrat d’édition.

Bon, ça serait rudement bien, mais t’y crois moyen…

Deuzio : qu’un éditeur – faute de te publier – t’envoie un petit mot d’encouragement.

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Alors ça, le petit mot d’encouragement, ou le petit mot d’appréciation positive, quelle putain de légende parmi les auteurs !

Souventes fois vous m’écrivez “si seulement j’avais un petit mot d’encouragement…”, “si seulement un éditeur me disait au moins que ce n’est pas nul…”.

En effet, cela se produit parfois. J’ai évoqué cette possibilité dans l’article “le critère de sélection des manuscrits….“.

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Parce qu’un éditeur aura bien kiffé ton bouquin – mais il ne le publiera pas pour autant – dans un grand moment d’inspiration, dans un summum d’esprit altruiste, il se saisit d’un bristol et griffonne un petit message gentil tout plein.

Voilà mon avis sur ce cas de figure.

Contrairement à ce que vous croyez, ce petit mot sera davantage une source de frustration qu’un encouragement.

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L’humain est ainsi conçu qu’au lieu de se reposer sur ses sources de satisfaction, il convoite quelque chose de plus grand encore.

Bon, c’est pas si mal que ça, ce trait de caractère. Faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, hein. Si l’humain s’endormait sur ses lauriers, le progrès technologique et tout, t’aurais toujours pu te le foutre où je pense !

Genre quand l’humain aurait inventé la charrue, il se serait dit “oh c’est bien comme ça, je vais pas chercher plus loin” – au lieu de se plaindre aussitôt que la charrue c’est lent et relou. Si notre humain s’était contenté de la charrue, il n’aurait jamais inventé le tracteur.

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Toute cette magnifique parabole agricole pour vous dire : lorsque tu auras reçu “un mot d’encouragement ou de gentille appréciation”, tu passeras par deux phases d’appréhension.

La première, qui dure environ d’une minute à quarante-huit heures. Tu penseras alors “ah enfin on me dit que mon travail vaut quelque chose, quelle joie, quel accomplissement !”.

A la fin de cette phase, s’ensuit logiquement la seconde.

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Cette seconde phase d’appréhension durera très longtemps. Tu penseras alors “ouais ben ça me fait une belle jambe ce petit mot, je suis dégoûté, pourquoi ce type ne m’a pas proposé un contrat à la place ?”.

Je vous jure que ça se déroulera de la sorte.

C’est la raison pour laquelle je ne suis pas très enthousiaste lorsque mes lecteurs m’écrivent pour me dire “oh si seulement on me disait que ça vaut quelque chose !”.

Un auteur ne veut pas qu’on lui “dise” que son travail vaut quelque chose.

Un auteur veut qu’on le lui prouve.

(…Putain c’est beau ce que j’écris ! )

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Si d’aventure tu as un petit retour gentil d’un éditeur, ce n’est tout de même pas non plus totalement négatif, hein. Tu as le droit d’en être fier. Tu pourras toujours y repenser dans des moments de désespoir absolu (et ça, le désespoir absolu, nous en connaissons tous, nous les auteurs, édités ou pas, faites-moi confiance…).

Mais bon. C’est pas la peine d’en faire tout un fromage et si vous n’en avez pas, eh bien, vous ne vous en porterez pas plus mal.

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Dois-je rappeler les éditeurs à qui j’ai envoyé mon manuscrit et qui ne m’ont pas répondu ?

 

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Plusieurs lecteurs m’ont déjà posé cette fatidique question. En outre, je reçois régulièrement des témoignages où de jeunes auteurs pas-encore-édités me racontent qu’ils ont appelé tel éditeur : la teneur et les conséquences de ce genre d’appel téléphonique justifient à eux seuls un article.

Récapitulons ta situation, auteur pas-encore-édité.

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Tu as envoyé pas mal de manuscrits par la poste, obéissant en cela aux recommandations de ton ami Stoni.

Ce qui est très bien.

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Hélas, les réponses – positives ou négatives – tardent à venir. Tu commences à tourner tel un ours en cage.

Et puis, un beau jour, tu craques et appelles les maisons d’édition à qui tu as adressé ta magnifique œuvre littéraire.

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Pourquoi ?

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Tu espères que la maison d’édition te dira :

  • option a : qu’ils n’ont pas encore lu ton manus mais que ça viendra (ça te rassurerait)

  • option b : qu’ils ont lu ton manus mais que ça ne le fait pas pour telle ou telle raison (ça t’aiderait à le perfectionner)

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J’ose espérer que tu n’espères pas une quelconque option c du style : l’éditeur t’annonce qu’il est rudement content que tu l’appelles – ça tombe même super bien ! – vu qu’il a adoré ton roman et qu’il souhaite te publier à la prochaine rentrée littéraire.

Parce que ça, ça n’arrivera pas. Un éditeur qui veut t’éditer te rappellera lui-même, il n’attendra pas que tu le fasses…

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Bref, toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

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Voilà comment tu conçois cet appel :

– Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

– Oh mais oui mon bon petit monsieur !

– Qu’en pensez-vous ?

– Excellent, excellent ! Mais vous ne maîtrisez pas encore tout à fait votre style, en outre, le personnage du fantôme n’est peut-être pas assez construit, etc, etc, etc.

Bref, une critique littéraire constructive qui va t’aider à améliorer ton manuscrit.

Ce scénario idyllique ne se produira jamais.

Voilà ce qui va se dérouler en réalité.

Toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

– Allô ? (voix ronchon du stagiaire non rémunéré du moment)

– Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

– Qui ça ?

– Kenny Dupont…

– Comment il s’appelle, le manuscrit ?

– Le Fantôme de la lande.

– (gros bruit de pet avec la bouche) Connais po !

– Mais je vous l’ai envoyé il y a trois mois et je me demandais si…

– Attendez !

Cinq interminables minutes de silence, puis une autre voix.

– Ouais, qu’est-ce que vous voulez, vous ?

– Bonjour, je suis Kenny Dupont… je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande… Vous l’avez lu ?

– On vous a pas répondu ?

– Euh, eh bien, non…

– Alors ça veut dire qu’on l’a pas encore lu, ou bien qu’on en veut pas.

– Mais je voudrais justement savoir si c’est l’une ou l’autre de ces possibilités, je voudrais être fixé…

– Ecoutez, si on l’a pas encore lu, et que dans six mois vous avez toujours pas de nouvelles, ça veut dire qu’on en veut pas !

– Mais vous pouvez pas me dire si vous l’avez déjà lu ou pas ?

– On reçoit trop de manuscrits, je peux pas chercher là-dedans, moi ! Vous me dérangez, monsieur. Au revoir !

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Et là, le gars te raccroche au nez.

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Wouah, quelle conversation constructive et intelligente qui va probablement t’encourager dans tes démarches éditoriales et qui, surtout, ne va certainement pas t’humilier !

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Tu connais désormais ma réponse à la question initiale : je pense que ce genre d’appel ne sert strictement à rien, n’a aucun intérêt et ne pourra que concourir à te déprimer.

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Je ne sais pas pourquoi les auteurs-pas-encore-édités se sont mis dans la tête qu’un éditeur pouvait les conseiller sur leur travail, quand bien même il ne voudrait pas du bouquin.

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« Ils refusent mon livre mais ne me disent pas POURQUOI ! »

Combien de fois ai-je lu ou entendu cette complainte ?

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Or, ce n’est pas le rôle des éditeurs ! Un éditeur cherche une certaine matière première à publier. Il se fout du reste. C’est comme une entreprise ! D’ailleurs je rappelle qu’une maison d’édition est une entreprise dont le but est de faire des bénéfices, et non pas une association caritative. Nous vivons dans un putain de système capitaliste ! Si tu veux que ça change, milite pour la révolution prolétarienne. En attendant, ne te fais pas d’illusion sur notre réalité économique ! Si un fournisseur n’est pas en mesure de donner la matière première sollicitée par une entreprise, crois-tu que cette entreprise-là va passer dix ans à expliquer au fournisseur en quoi sa production ne lui convient pas ? Non ! Un éditeur, c’est pareil ! Tu n’as rien à lui proposer qui l’intéresse ? Il s’en fout et te jette dans la poubelle de l’histoire !

Quant à la critique littéraire que tu attendais (« pourquoi j’ai refusé votre manuscrit, mon cher monsieur ? oh mais je vais vous expliquer tout cela par le menu en dix points… »), un éditeur est dans l’incapacité totale de te la donner car il n’a pas lu ton manuscrit en entier.

I.

l n’en a lu que une ou deux lignes, voire, au grand maximum un paragraphe ou une page.

Comment voulez-vous qu’il vous critique en se basant sur deux lignes ?

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J’ai expliqué le processus de « traitement » des manuscrits dans l’article Le critère de sélection des manuscrits.

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Les mecs ouvrent votre manus au hasard, en lisent deux lignes et se font leur idée.

C’est avec ces deux lignes qu’ils vont juger si ton roman a éventuellement sa place ou non dans leur collection. POINT A LA LIGNE. FIN DU DEBAT.

Je vous invite à relire l’article Le critère de sélection des manuscrits… pour bien vous remettre dans la tête ce point primordial de l’édition – car je ne vais pas le recopier ici.

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Si tu ne comprends pas – ou refuses de comprendre – la logique de sélection éditoriale qui règne en France, tu vas très mal vivre tes démarches pour te faire publier, car tu te butteras immanquablement à un mur.

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Au cas où un éditeur aurait entièrement lu ton bouquin (ou une bonne partie), qu’il ne le trouverait pas trop mauvais, et qu’il aurait envie de te le dire, IL LE FERA DE LUI-MÊME. Il t’enverra un petit mot   disant « pas mal pas mal ! ». Voilà ! Ca aussi, je l’explique dans l’article Le critère de sélection

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Donc, je le répète s’il le fallait encore : n’appelle pas les éditeurs à qui tu as envoyé ton manuscrit.

A moins que tu ne sois maso, que tu aimes souffrir et être humilié, et que tu apprécies d’être remballé par un stagiaire sous-payé. Chacun son truc, hein.

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Les corrections et modifications demandées par l’éditeur (ou : travail de préparation éditoriale)

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Pour changer, parlons un peu de préparation éditoriale.

La préparation éditoriale concerne tout ce qui va se dérouler depuis la signature du contrat jusqu’à l’impression de votre bouquin.

Cette phrase comprend moult étapes qui vous feront suer sang et eau. Avec entre autres : les corrections demandées par votre éditeur.

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ATTENTION cet article concerne les ROMANS DE LITTERATURE ADULTE, dans le cadre d’un contrat d’édition à compte d’éditeur correctement distribué. Cela ne s’applique pas à la littérature jeunesse, ni à l’édition numérique, ni aux livres de cuisine ni à je ne sais quoi encore, COMME TOUT CE QUI SE TROUVE SUR MON BLOG…

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Lorsque vous avez signé un contrat d’édition, votre manuscrit va subir deux types de corrections.

1 : Les corrections, ou plutôt les modifications, demandées par votre éditeur, qui vont surtout viser le fond, le style, la structure du roman…

2 : Les corrections apportées par un correcteur professionnel qui vont être purement liées à la langue française.

J’ai déjà traité le deuxième type de corrections dans mon article sur l’orthographe.

Aujourd’hui nous nous concentrerons donc sur les corrections demandées par votre éditeur.

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Quand vous signez un contrat d’édition, je dirais que vous avez neuf chances sur dix pour que votre éditeur vous demande de changer des trucs dans votre texte.

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Mais quoi au juste ?

Ce qu’il va vous demander peut passer du simple au double, au triple, au quintuple.

Votre éditeur peut vous demander de changer le titre du roman. De modifier le dénouement.

De réécrire le texte avec un narrateur omniscient.

Bref, vraiment, ça peut être tout et n’importe quoi, et ça peut être très peu comme beaucoup.

Pourquoi ces modifications ?

J’ai déjà expliqué dans plusieurs articles que tout éditeur est fondamentalement jaloux de votre capacité à écrire des romans. Vous avez le pouvoir créateur : lui a le pouvoir financier.

Donc, trouver des défauts à votre livre lui permet de se rassurer et surtout de vous maintenir en état d’infériorité ( = vous êtes et resterez un caca, édité ou pas).

En outre, les modifications qu’il vous imposera lui promettent une certaine postérité : il aura laissé sa trace (à travers vos bouquins, mais c’est toujours mieux que rien).

Bon, ça c’était l’aspect psychologico-théorique.

En pratique, l’éditeur souhaite aussi améliorer votre texte et l’aligner sur les critères de sa collection, le rendre plus « lisible » et aussi plus « vendable ».

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Quand va-t-il me parler de ces modifications ?

S’il est un peu honnête, il le fera très tôt, dès votre premier échange téléphonique par exemple.

S’il est stupide, il attendra que vous ayez signé votre contrat pour vous en parler.

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Dois-je accepter toutes ces modifications ?

Toutes les accepter, je ne sais pas, mais les négocier, ça oui !

Sachez que, lorsqu’un éditeur vous parlera pour la première fois de votre livre, il va vous proposer un million de trucs à changer. Ça va vous faire peur. Vous allez penser : putain je dois tout réécrire !

Mais ne vous inquiétez pas : d’ici trois semaines, il aura oublié la moitié de ce qu’il vous suggère.

Il ne retiendra que les modifications qui lui tiennent vraiment à cœur.

Mon conseil sera donc le suivant.

Lorsque pour la première fois l’éditeur vous énumère toutes les modifications qu’il souhaite apporter au roman, écoutez-le et ne donnez pas votre avis.

S’il vous demande votre opinion, répondez : « il y a des choses qui peuvent en effet grandement améliorer le texte, je vais y réfléchir ».

Puis laissez-le revenir vers vous.

Vous verrez qu’il n’aura retenu que les choses auxquelles il tient vraiment.

A ce stade, je dois avouer que les « suggestions » d’un éditeur peuvent bel et bien améliorer votre texte. Tout n’est pas à jeter.

Voyez ce qu’il vous propose. Si vraiment des choses vous rebutent (changer le dénouement de tel chapitre ou du livre en lui-même, supprimer un personnage, un passage…), vous devez négocier, c’est-à-dire accepter des modifications pour pouvoir en refuser d’autres.

Il arrive que ces pourparlers soient assez violents, mais en règle générale l’éditeur connaît la règle tacite du « accepter pour refuser » et vous concèdera bien deux ou trois trucs que vous pourrez garder.

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Et si je refuse toutes ses propositions ? Que peut faire l’éditeur ?

N’oubliez jamais que, lorsque vous avez signé un contrat d’édition, rien n’est gagné tant que le roman n’est pas en librairie.

Ce que je veux dire, c’est que même si un contrat a été signé, votre éditeur a toute liberté de ne pas publier votre roman pour une raison ou pour une autre.

Ce cas de figure est prévu dans tout bon contrat qui se respecte.

Concernant les corrections et modifications, si vous ne vous mettez pas d’accord avec votre éditeur, ce dernier a parfaitement le droit de se retirer du projet. Vous récupérez vos droits (après un certain délai), vous conservez votre à-valoir, mais évidemment le roman n’est pas imprimé.

Vous devrez trouver un autre éditeur.

Vous comprendrez donc qu’il est très important d’être ouvert à des négociations.

Je ne vous dis pas de brader votre roman, de tout changer pour être absolument édité.

Mais vous devez vous préparer psychologiquement à changer deux trois trucs.

Franchement, je le répète, votre éditeur a sans doute raison concernant certaines modifications à apporter au roman, alors ne fermez pas la porte à ce qui peut vous aider à progresser dans votre métier : soit, apprendre à écrire.

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Une question ?

Envie de partager ? (ton argent, ton corps… non je déconne)

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Les pseudo contrats d’édition à compte d’éditeur (à la Harmattan)

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Camarade lecteur,
nous allons aujourd’hui aborder un point parmi les plus infâmes du monde de l’écrit : les faux éditeurs à compte d’éditeur mais en fait c’est plutôt du compte
d’auteur.

Eh oui. C’est fâcheux, mais ça est.

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J’ai mentionné le nom de l’éditeur le plus célèbre à pratiquer cette ignominie dans le titre de mon article et ne le répéterai pas (pour des raisons juridiques évidentes, car on ne peut plus s’exprimer dans ce pays c’est une honte).

Appelons donc cet éditeur : le Toto.

Un lecteur de ce blog m’a alarmé sur le Toto et sa nocivité potentielle auprès des auteurs aspirant à l’édition. J’ai ensuite pu me procurer, très facilement, le « contrat d’édition » que propose le Toto aux pauvres gens qu’il compte dévorer tout cru (un vrai Stoni en mode infiltré !!).

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Ami lecteur, comme tout bon écrivain non édité que tu es, tu cherches une maison pour faire imprimer ta prose.

Et comme souvent, tu envoies ton roman (ou tes poésies, ou ton essai) à un soi-disant éditeur à compte d’éditeur : le Toto.

Étonnamment, tu reçois très vite une réponse et elle est positive. Tu es super content !

Sauf que.

Sauf que voilà, c’est, une fois de plus, une super arnaque.

Bienvenue dans le monde terrifiant de l’édition à compte d’éditeur mais c’est pas non plus du compte d’éditeur, en fait c’est plutôt du compte d’auteur.

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Mettons les points sur les i, puisque nous sommes dans le domaine de l’écriture.

Chez le Toto, le fonctionnement est simple.

Le Toto ne te donne pas d’à-valoir.

Cela dit, le Toto ne te demande pas non plus du fric pour « financer les frais d’édition » de ton roman – donc ce ne serait pas de l’édition à compte d’auteur.

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Comme le Toto est finaud, il prétend « jouer un rôle important dans l’édition française » avec une place envieuse dans le classement des éditeurs par chiffre d’affaires (bon, il est pas dans le Top 50 non plus, mais toi tu te dis, c’est pas mal quand même). Le Toto possèderait des dizaines de milliers de titres dans son « catalogue ». Tu es tout
impressionné.

Le Toto s’enorgueillit également d’avoir édité les premières œuvres de maints auteurs ultra connus. Déjà, si le Toto n’a édité que « les premières œuvres » de ces dits auteurs ultra connus, ça devrait te mettre la puce à l’oreille, mais passons.

Le Toto possède même ses propres librairies, un truc de ouf.

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Alors toi tu te dis, putain, mais c’est le contrat du siècle !

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Mais quelle est la réalité, derrière ce mirage ?

La voici. Le Toto est surtout connu pour être l’éditeur des universitaires qui voudraient bien faire publier leurs travaux (mémoires, thèses, ouvrages divers et variés) mais qui ne peuvent pas passer par un éditeur professionnel. De ce fait, ces gens-là éditent chez le Toto.

Le problème, c’est que le Toto ne se limite pas « aux sciences humaines » (soit, le mémoire de Master I de Julien Dupont sur la métempsychose au IIIème siècle avant JC), mais qu’il souhaite aussi « faire de la littérature » (soit, cramer vos droits sur votre œuvre jusqu’à la fin de votre vie).

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Comme d’habitude, j’explique tout.

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Chez le
Toto, c’est toi qui te tapes tout le boulot !

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Problème n° 1 :
tu vas à la Fnac et y’a pas un seul livre du Toto en rayon. Bizarre…

Problème n° 2 :
le Toto t’envoie très vite un contrat d’édition (chose super étrange, mais tu ne le réalises pas encore). Le courrier d’accompagnement commence bien :

« Nous avons le plaisir de vous informer que le manuscrit que vous nous avez envoyé a été retenu pour la publication dans la collection : roman érotique. »

Ouh là là, t’es jouasse !

Le courrier poursuit :

« Nous vous invitons maintenant à nous fournir votre document sous la forme d’un prêt-à-clicher, c’est-à-dire une mise en page de votre ouvrage selon les normes
fournies ci-contre. 
»

Diantre, mais de quoi s’agit-il donc ? Comme tu n’y connais rien au monde de l’édition, tu crois que c’est normal.

Alors tu découvres quatre pages intitulées « CONSEILS PRATIQUES AUX AUTEURS POUR L’ELABORATION D’UN PRET-A-CLICHER ».

En gros, les mecs te demandent de faire toi-même la correction, la mise en page, bref, tout le travail éditorial que doit normalement faire un éditeur.

Tout est prévu.
Le format de la page au millimètre près, la pagination, les pages de garde, la mise en forme du texte (avec la police, les règles de ponctuation), les notes, la couverture, la quatrième de
couverture, etc.

Mais toi, camarade auteur, tu n’es ni correcteur ni préparateur éditorial. La correction et la prépa, c’est un véritable métier qui ne s’apprend pas comme ça.

Dans un cadre normal d’édition, c’est à l’éditeur de faire accomplir ce boulot par des spécialistes.

Et là, tu dois le faire tout seul.

Le bouquet, c’est que le Toto te propose bien de le faire lui-même mais monnayant rémunération !

« Un test orthographique et typographique (sur une dizaine de pages) est effectué par nos soins sur chaque prêt-à-clicher. Lorsqu’une relecture complète du document est jugée nécessaire, celle-ci est à la charge de l’auteur (une possibilité de relecture par le Toto est possible sur devis). »

Sur devis ?
Putain les gars c’est des garagistes ma parole !

Le pire reste encore à venir.

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Chez le
Toto, tu dois acheter 50 exemplaires de ton livre !

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Fête du slip !

Chez un éditeur sérieux, professionnel et normal, on te donne gracieusement 50 livres, t’as rien à payer, c’est ce qu’on appelle les « exemplaires d’auteur ».

Mais chez le Toto, on se distingue !

Le truc est annoncé dès le courrier d’accompagnement (standardisé, bien sûr) glissé dans l’enveloppe du contrat d’édition :

« Dans des domaines particulièrement difficiles, comme notamment les secteurs littérature, poésie et théâtre, il vous sera parfois demandé de prendre en charge l’achat de 50 exemplaires de votre ouvrage avec une remise de 30 %. »

Note la remise de 30 %, quand je te disais que c’étaient de vrais garagistes ces types-là.

En page 4 du « contrat » (qui justement fait quatre pages au total, tu parles d’un contrat – un vrai contrat d’édition en fait au moins dix !), il est bel et bien stipulé :

« Achat de 50 exemplaires (-30 %) à régler en cours de fabrication. »

Sachant que le tirage initial est « 100/200 ou 300 exemplaires » (autant dire que dalle – voir mon article sur le tirage), ça va, avec cinquante ventes d’assurées par
l’auteur lui-même, le Toto ne prend pas trop de risques financiers !

Le Toto, ou comment te faire enculer en toute maestria par des prétendus éditeurs qui ne font rien d’autre, en réalité, que du compte d’auteur.

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A ce stade, camarade lecteur, retiens une bonne fois pour toutes :

UN VRAI CONTRAT D’EDITION A COMPTE D’EDITEUR N’IMPLIQUE AUCUN INVESTISSEMENT FINANCIER DE LA PART DE L’AUTEUR, QUE CE SOIT EN ARGENT
OU EN COMMANDE DE LIVRES !

Quand un auteur traite avec un vrai éditeur, c’est l’éditeur qui lui donne du fric (à-valoir) ! Et personne d’autre !

Un éditeur qui ne vous rémunère pas n’est pas un éditeur !

C’est clair ?

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Voir mon article sur un vrai contrat d’édition professionnel !

 

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Chez le Toto, t’as autant de distribution

que du compte d’auteur (c’est-à-dire aucune).

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Eh oui, le Toto se distribue lui-même, donc autant te le dire, ton roman sera (peut-être) en rayon dans les trois librairies revendiquées par le Toto à Paris, et nulle par
ailleurs : bon, en gros, ton livre sera introuvable, quoi.

Voir mon article sur l’importance de la
distribution.

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Un coup de gueule personnel de Stoni !!

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Je vais te dire un truc, camarade lecteur, les clampins du genre le Toto ou tous les éditeurs à compte d’auteur, ça me fout hors de moi.

Ces gens profitent manifestement des auteurs aspirant à l’édition et qui n’y connaissent en rien, en leur soutirant leur argent, mais cela, ce n’est pas encore le plus grave.

Ces prétendus « éditeurs », qui croient péter avec la clique germanopratine, alors qu’ils ne connaissent, eux non plus, ni rien ni personne dans le vrai milieu, te
crament ta propriété intellectuelle sur ton roman, si d’aventure tu commets l’erreur insigne de signer leurs contrats tout pourris.

Quand tu signes un contrat chez le Toto, tu cèdes (pour 0 € !!! un comble !) la propriété intellectuelle de ton œuvre.

Décodage : tu n’auras plus jamais le droit d’exploiter et de faire éditer ailleurs ton roman. Et même après ta mort, tes « ayant-droits » devront attendre 70 ans et des patates pour récupérer leurs droits.

Et ça, c’est pas rien.

Tu n’es plus propriétaire de ton texte, c’est le Toto et ses trois librairies à 2 francs dans le Quartier Latin qui l’est !

La propriété intellectuelle, c’est comme son propre corps : on ne la vend pas à n’importe qui (c’est beau ce que je dis putain).

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Par conséquent, camarade lecteur, un bon conseil :

NE SIGNE PAS CHEZ LE TOTO (ou consorts).

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L’édition numérique et l’auto-édition : solution ou arnaque ?

 

 écrivain chimpanzé

 

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Il y a peu, un lecteur m’adressait ce message.

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Cher et vénérable Stoni,

 

Je cherche depuis quelques temps à faire éditer un manuscrit, sans grand succès comme tu t’en doutes.
J’ai découvert des maisons d’édition numérique, qui proposent même, parfois, de vrais contrats à compte d’éditeur. Crois-tu que ce soit l’avenir de l’édition ? Est-ce une bonne
solution ?

 

Je tiens à préciser que je te trouve extrêmement intelligent et ton blog est le plus beau de la
terre.

 

Bien à toi,

 

Un secret admirateur

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 .

 

Ha, l’édition numérique ! Un vaste sujet… qui m’inspire un court jugement
péremptoire.

 

 

Disons, pour commencer, qu’il y a deux sortes d’édition numérique. L’édition numérique à
compte d’éditeur (« à la demande ») et l’édition numérique en auto-édition. Il existe probablement des éditeurs numériques à compte d’auteur, mais cher lecteur tu as désormais compris
que l’édition à compte d’auteur devrait être interdite par la loi, et on en parle plus.

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L’édition numérique à « compte d’éditeur ».

 

L’éditeur a ouvert une structure d’édition sur le ouaib, parce que le ouaib c’est le futur
et que bientôt, pense-t-il, il n’y aura plus de livres papier mais des livres numériques que tout le monde lira sur écran ou sur des tablettes dévouées à cet effet.

L’éditeur numérique te propose vraisemblablement une édition à compte d’éditeur, ce qui
signifie : que tu n’as aucun frais à engager et qu’il est censé
te payer puisqu’il acquiert les droits de
ton texte. Ce qui signifie aussi que tu as cédé les droits sur ton texte et que celui-ci ne t’appartient plus. Comme un éditeur à compte d’éditeur classique sur papier, quoi.

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Il existe néanmoins de grosses différences.

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D’une, je ne suis pas convaincu par le livre numérique. La lecture sur écran d’ordinateur
reste, pour le commun des mortels, harassante. Les tablettes sont loin d’être totalement démocratisées. Quant à lire un bouquin sur son téléphone intelligent (type i-phone)… Dans un futur
beaucoup plus lointain, oui, c’est possible, le livre numérique sera la norme. Mais pour l’instant, ça ne l’est pas, et être édité sur internet revient, à mes yeux, à purement et simplement se ghettoïser à fond du ballon.

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Un éditeur numérique distribue des livres dématérialisés. Parfois, il propose de les
imprimer aux clients qui souhaitent un format papier. Dans ce cas-là, il n’empêche qu’il demeure un souci primordial : le livre n’est pas présent en librairie. Et là, l’auteur est tout de même un peu beaucoup lésé.

 .

Je ne sais pas si tu as compris, camarade auteur, mais c’est la présence en librairie qui fait l’écrivain, en France et en 2012. Si tu es visionnaire et que tu veux anticiper les méthodes du futur, va te faire éditer dans le monde virtuel, c’est comme tu veux. Mais moi, je suis le genre de mec qui vit dans l’instant présent. Tu veux être un écrivain qui part avec le maximum de chances d’exister
un tant soi peu dans l’univers de l’édition ? Fais-toi éditer par un éditeur bien représenté en librairie. C’est-à-dire un éditeur
bien diffusé. Y’a pas de mystère. Y’a pas
de secret. C’est ainsi.

 .

Un éditeur numérique ne bénéficie d’aucun circuit de distribution. Son truc,
justement, c’est qu’il ne distribue pas en librairie. Mais sur internet. Ton livre sera donc une URL parmi des centaines de milliards d’URL.

Certes, en librairie, ton livre sera un titre parmi les 700 de la rentrée littéraire. Fais
tout de même tes comptes : 700 contre 700 milliards, choisis ton camp, camarade.

 .

Tu auras saisi que je suis extrêmement sceptique vis-à-vis de l’édition numérique et je te déconseille vivement de signer avec l’une de ces boîtes. Les maisons d’édition numérique n’ont aucun avenir et aucune importance dans le monde de l’édition. D’ailleurs, je pense que ce genre de structures sont créées par des mecs qui se piquent d’une lubie « je veux être éditeur moi aussi », mais qui n’ont pas l’apport financier, ni l’apport professionnel, pour fonder une entité viable et sérieuse. Tu vois un peu le
tableau.

Le chiffre d’affaires d’une maison d’édition numérique doit plafonner autour de 10 à 100 € par mois, aussi je te laisse présager le montant de l’à-valoir qu’on te proposera, si
toutefois on t’en propose un…

 .

Or, les maisons d’édition numérique savent tromper leur cible : les jeunes auteurs
inexpérimentés et influençables. Sur leur site ouaib, ces éditeurs mettent souvent en avant des textes signés par des écrivains assez célèbres. L’auteur inexpérimenté est impressionné :
tiens, s’ils publient ce gars-là, c’est que ça n’est pas trop mal !

Hélas, j’ai vu ce processus depuis l’intérieur. Les éditeurs numériques approchent des
écrivains un peu réputés et leur tiennent un discours pseudo militant à deux euros cinquante : « donnez-moi un texte pour que je le publie, vous aiderez les circuits indépendants et
vous passerez pour un mec vachement sympa 
». Les écrivains sont des êtres sensibles à la flatterie. Ils aiment passer pour des mecs vachement sympas. Donc ils lâchent gratos une
nouvelle, un récit court, une connerie, à l’éditeur numérique qui en fait ses choux gras. Les textes d’auteurs réputés publiés de la sorte sont : soit des trucs impubliables chez leurs
éditeurs classiques, soit des trucs pourris que tout le monde leur a refusés. Sans déconner. Ne te laisse pas impressionner par ces viles manœuvres.

 .

Autre constante des éditeurs numériques : leurs couvertures « virtuelles »
sont soignées, ce qui concourt également à influencer l’auteur inexpérimenté. Les livres sont jolis, ça a l’air sérieux… Oui, les livres sont toujours jolis quand on exploite un
stagiaire graphiste non rémunéré. Ne te base pas sur ce critère-là…

 

 .

Lire cet article du blogueur Ludovic Mir pour connaître un autre avis
éclairé.

 .

Finalement, l’édition numérique fait assez penser à l’édition à compte d’éditeur sans
distribution ni débouché : voir
l’article sur l’Harmattan et celui sur les éditeurs
pourris
.

 .

 .

 .

 

L’édition numérique en auto-édition.

 .

En gros, tu confies ton texte à un éditeur numérique qui s’occupe de fabriquer ton
bouquin en format numérique ou papier, lorsque des lecteurs en passent la commande. Mais tu conserves tes droits sur ton œuvre.

 

Là aussi, l’auto-édition ne bénéficie d’aucun réseau de distribution. En choisissant cette
formule, tu as certes la possibilité de vendre ton bouquin autour de toi, mais tu ne seras pas présent en librairie ni nulle part – sauf si tu es allé toi-même démarcher une
librairie.

C’est un choix que font nombre de jeunes auteurs aujourd’hui. Si tu te sens l’âme d’un
commercial…

Je serai honnête. Se faire connaître de la sorte me semble presque
impossible.
Ensuite, cela dépend de tes motivations d’auteur. Si tu cherches à proposer un joli bouquin à ton entourage, bien relié, bien fait, et que tes ambitions s’arrêtent là,
pourquoi pas.

 .

Faire sa propre publicité et sa propre diffusion est une sacrée affaire. Dans un cadre
éditorial classique, ces deux domaines sont d’ailleurs gérés par des personnes dont c’est le métier.

Sache que même un attaché de presse qui bosse pour Gallimard aura du mal à faire connaître
un primo-romancier dépucelé chez la Blanche. Alors imagine un peu le boulot.

A toi de voir…

 .

Tu trouveras un autre discours sur l’auto-édition et beaucoup plus d’informations à ce sujet toujours chez le blogueur Ludovic Mir.

 

 .

 .

.

 

 

Une question ?
Envie de partager ? (ton argent, ton corps… non je
déconne)

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Etre édité à 15, 16, 17 ans… Y’a-t-il un âge minimum pour être édité ?

 

Nombre de très jeunes gens me lisent. Je le sais, car ils m’envoient des
messages et certains imitent mon ” Stoni 1983 ” en signant ” Julien 1992 “, ” Claire 1990 “…

L’autre jour, j’ai eu un ” Jojo 1998 “.

1998, putain.

Ça m’a fait un choc. Je te jure.

Le mec, il est né l’année de la coupe du monde. Nom d’un topinambour,
le coup de vieux que j’ai pris ! Et maintenant, il est là, il me lit et il veut écrire des romans, ce gamin.

Merde !

De même, quand je vois l’âge de certains de mes lecteurs (pas tous,
heureusement j’ai des vieux aussi), je balise. Les responsabilités que ça me fait prendre ! J’ai peur d’exercer une mauvaise influence sur leur jeune esprit impressionnable.

Enfin. Fi de digressions.

Donc, ces jeunes gens de quinze, seize, dix-huit, vingt, vingt-deux ans,
m’écrivent de semblables messages :

.

Salut Stoni toi qui assures trop ta race,

J’ai envie d’être écrivain comme toi ! J’ai écrit un roman mais j’ai 15
ans, tu crois que je peux essayer de me faire publier ? J’aurais trop le seum d’être trop jeune pour ça !

.

Après avoir vérifié sur internet ce que signifie “avoir le seum”, vu que je
suis un vieux con de trente ans qui est complètement hors du coup, je prends le temps de répondre à cette affable jeune personne.

Voici donc mon avis sur la question.

.

 .

Techniquement, il est possible de se faire éditer à n’importe quel
âge.

 .

.

Attention : quand je parle d’édition sur ce blog, je parle
d’édition à compte d’éditeur chez une maison bien distribuée,
présente en librairie. Les autres formes d’édition (édition
numérique
, éditeur-pourri-qu’on-trouve-pas-ton-livre-en-librairie), je connais
pas, c’est pas mon rayon.

 .

 .

Techniquement, oui, tu peux être édité à seize ans. D’ailleurs, ça fera un bon
argument marketing pour ton éditeur (” le benjamin de la rentrée littéraire “, ce genre de conneries).

Si tu souhaites être édité, tu peux donc tout à fait envoyer tes manuscrits
ici et là.

Le seul problème qui risque de se poser c’est qu’à seize ans, on a rarement
assez de pognon pour financer les photocopies et les envois postaux, mais c’est là une autre question.

 .

 .

Après, je ne pense pas, tout à fait personnellement, que ce soit une
excellente idée.

Je vais t’expliquer pourquoi.

 .

 .

 .

Je me base sur ma propre expérience. Un autre auteur pourrait te tenir un
discours fort différent.

Mais, entre quinze et vingt-et-un ans, voire vingt-deux ans, j’aurais tendance
à conseiller aux auteurs de ne pas passer trop de temps à essayer d’être édité.

 .

Pourquoi ?

Parce que vous ne connaîtrez peut-être plus une période de telle énergie
créatrice. Vouloir être édité, être édité, c’est perdre beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, pour des choses qui ne sont pas de la création proprement dite.

De quinze à vingt-deux ans, j’avais une frénésie imaginaire incroyable. Je ne
l’ai plus aujourd’hui. J’étais tout le temps en train de faire des choses, et je faisais des millions de choses. J’écrivais. Je dessinais. Je faisais de la musique. J’écoutais beaucoup de musique. Je n’arrêtais pas. J’avais tellement d’idées. Toujours des idées.

Tout était simple, tout semblait accessible. J’osais. J’avais des audaces
typiquement adolescentes, je me sentais d’une liberté totale, j’étais fertile. Vraiment fertile. Je me jetais dans des projets fous, dans des projets difficiles, rien ne me
retenait.

 .

 .

Dans le documentaire ” profession mangaka “, la dessinatrice Kiriko Nananan exprime très bien ce privilège de la jeunesse.

 .

 .

 

  Le passage en question est à 8:55

 .

 .

 .

De ce que j’ai réalisé à cette époque, rien n’a été publié.

Mais j’ai commencé à bâtir, à cerner, avec un courage et une force
inégalables, les thématiques que j’ai développées plus tard dans mes romans édités.

Si je n’avais pas eu ces années où j’ai créé pour moi, pour mes amis, mes
thématiques n’auraient pas été portées à une maturation suffisante, et, probablement, je n’aurais pas écrit les livres que j’ai pondus par la suite.

Je pense qu’il est important de laisser mûrir votre travail, votre univers
d’artiste. Un peu plus tard, vous serez capable de synthétiser toutes ces inspirations diverses et variées pour en faire quelque chose de vendable.

Car, quand on veut se faire éditer, il ne faut pas se voiler la face : on doit
vendre notre oeuvre. Comme un peintre vend ses tableaux.

Et pour vendre, il faut que ce soit travaillé un minimum.

J’ai écrit plus haut que mes productions de jeunesse n’avaient pas été
publiées. En l’état, elles n’étaient pas publiables. Je n’étais pas capable, à l’époque, de me consacrer à l’immense travail de réécritures, de relectures, de corrections, qu’un roman nécessite avant d’être présenté à des éditeurs. Je ne voulais pas perdre de temps sur cet ouvrage lassant, rébarbatif, monotone. J’avais bien trop d’idées pour m’attarder là-dessus.

C’est à vingt-trois ans que j’ai commencé à réfléchir sur un roman “pour me
faire éditer”, que j’ai eu la mentalité propre à un immense travail de forme et de fond. J’ai signé mon premier contrat d’édition quelques années plus tard.

Etre édité, essayer d’être édité, est un processus de longue haleine, qui pompe énormément d’énergie, de temps,
un peu d’argent aussi (pour les photocops et les envois par la poste). Je suis heureux de ne pas l’avoir fait trop jeune. D’ailleurs, je pense parfois que, même en ayant été édité entre 25 et 30
ans, j’étais encore trop jeune pour ça. Mal préparé, mal dégrossi, naïf, trop gentil, trop confiant.

 .

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Alors imagine un peu à 15 ans…

 .

 .

 Lire aussi l’article : trop vieux pour être édité ?

 .

 .

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Editeurs : qui fait quoi ? (les lignes éditoriales)

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Message reçu sur ma boîte mail d’un fidèle lecteur :

Bonjour Stoni

Je te propose un thème sur lequel je n’ai rien trouvé sur internet et qui, je crois intéresserait beaucoup de tes lecteurs, enfin qui moi m’intéresse beaucoup!
On sait vaguement que les grandes maisons d’édition Gallimard, Stock, Julliard etc.. ont des spécialités. Telle maison publie plutôt  ceci, telle autre cela…
J’ai essayé de cerner quelle étaient ces nuances, eh bien, je n’ai pas trouvé
J’imagine que c’est très nuancé, compliqué  à décrire, qu’il n’y a pas de règle etc.. mais  le fait d’essayer d’y apporter ton éclairage serait je crois vraiment utile
Crois-moi bien ton fidèle adorateur.

.

.

Voici ma réponse,

.

Mon cher fidèle adorateur,

Ce “je ne sais quoi” qui différence tel éditeur d’un autre, c’est ce qu’on appelle la ligne éditoriale.  Vaste sujet.

Ta suggestion était donc une excellente idée, qui hélas doit s’avérer irréalisable. Du moins pour ma part.

Primo, je n’ai pas le temps pour faire ça. Répertorier tous les éditeurs de littérature bien distribués-diffusés, ça me prendrait une plombe. Alors si en plus je dois cerner pour chacun le genre, la ligne éditoriale, machin truc bidule…

Deuxio, il est très difficile de cerner la ligne éditoriale d’un éditeur. Surtout des maisons qui font un peu de tout, comme Gallimard, Flammarion, etc… Ils ont une telle diversité dans leur catalogue que si je disais, par exemple (ce qui est vrai) “Gallimard est un éditeur plutôt à droite”, y’aurait forcément un exemple pour me contredire. Seul l’éditeur, ou le directeur de collection, est censé savoir exactement ce qu’est (ou ce que n’est pas) sa ligne éditoriale : en dehors, cette subtile définition échappe au commun des mortels.

Troizio, ça ne vous encouragerait pas à faire vos propres recherches, vous autres mes chers lecteurs, ce qui est un peu dommage. Quand bien même je passerais deux mois à temps plein à rédiger une liste en résumant en trois lignes la ligne éditoriale des uns et des autres, vous vous y arrêteriez sans chercher plus loin. Exemple, si j’écrivais “Gallimard c’est plutôt à droite” et que vous ayez écrit un roman sur la Commune de Paris ou autre, vous ne l’enverriez pas à cet éditeur, alors que, si ça se trouve, Gallimard aurait accepté le manuscrit. Je ne veux pas être responsable de ça.

Quatrio, ce serait bien que vous preniez le pli de faire les choses vous-mêmes. C’est un truc récurrent chez vous, tous autant que vous êtes : vous n’avez pas envie de vous casser le cul. Je comprends, moi non plus j’ai pas envie. Mais des fois, quand il faut le faire, il faut le faire. C’est votre manuscrit et croyez-moi, si vous ne vous en occupez pas, personne ne le fera à votre place. C’est l’expérience qui vous parle. Ecoutez-la, bordel de topinambour. Donc, en gros, vous devez vous-même vous rendre en librairie (ou en bibliothèque), feuilleter les dernières parutions, regarder ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à votre oeuvre…

Un peu ce que j’explique dans l’article : “ pourquoi je ne vous donnerai pas de noms de bons éditeurs“.

Bref, bon courage et bonne chance !

.

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