Tu écris des romans… tu es un caca !

Commençons par clarifier les choses.

Voici comment vous considèrent les éditeurs, lorsque vous êtes un auteur (édité ou pas) :

L'auteur caca

J’en ai pris un mignon, je voulais pas vous dégoûter.

Eh oui, l’auteur est toujours un caca. Il va falloir vous habituer.

Mais laissez-moi vous expliquer les choses.

Il y a quelques années, j’ai pondu un joli petit premier roman dont j’étais très fier. Je l’ai converti en format manuscrit (ou tapuscrit) afin de le soumettre aux Éditeurs de France et de Navarre.

Je me suis lancé dans l’aventure à vingt-trois ans, mal dégrossi et absolument ignorant de toutes les finesses du monde littéraire.

J’ai reçu des tas de lettres de refus qui se résumaient à peu près à ça :


EDITIONS MACHIN

Monsieur Stoni,

 Nous vous remercions de nous avoir transmis votre manuscrit mais malheureusement il ne correspond pas à notre ligne éditoriale.

Veuillez agréer, blabla,

LE SERVICE MANUSCRITS.

Ce qui en gros signifie : ton manuscrit, tu peux te le foutre au cul !

Finalement, je fus remarqué, puis édité.

Je rencontrai alors quelqu’un, par une voie amicale, qui avait travaillé très longtemps dans le mirifique univers de l’édition parisienne, puis qui s’en était éloigné. Cette personne sut très vite me dépuceler des pratiques du milieu.

La première chose qu’il m’apprit fut donc  : l’auteur est un caca.

Bien comprendre ton rôle d’auteur (de merde)

Eh oui, ami auteur !

Pour l’éditeur, l’auteur est toujours un caca. Tu n’es absolument RIEN pour lui, en tant que personne. La seule chose qui l’intéresse, c’est ton manuscrit. Ce que je dévoile ici s’applique à presque tous les éditeurs, petits ou grands, prestigieux ou pas. Disons que dans la profession, il y a peut-être 5% des éditeurs qui sont des gens bien et humains, qui n’agiront pas avec l’auteur en caca. Sinon…

Je le répète, la seule chose importante là-dedans, c’est le manuscrit. Et c’est pour ça que toi, l’auteur, personne de chair et de sang, douée d’une conscience et d’une subjectivité, tu es très encombrant pour l’éditeur et qu’il te traitera comme de la merde. Tu es un frein, pour lui. Parce que tu as des attentes et des exigences de créateur. L’éditeur rêve d’un robot qui enchaînerait des romans conformes à ses attentes. Un robot, ça ne s’énerve pas, ni ne s’impatiente.

L’éditeur, ton meilleur ennemi

Hélas ! Toute ta vie d’écrivain, de la merde, tu vas en bouffer. Tu pourrais avoir publié ton quinzième livre et avoir vendu 500 000 exemplaires, tu serais toujours une jolie merde sur un plateau.  Même publié, même connu et reconnu.  Pour l’éditeur, c’est encore pire. Tu serais alors un caca avec des prétentions. La seule chose qui compte, qui comptera, c’est ton boulot. Tes romans. Et là encore, sur la qualité de ton travail, tu vas tomber des nues. L’éditeur se fout pas mal que ton livre soit bon ou pas. Quant au talent, je ne t’en parle même pas ! L’éditeur cherche des romans qui correspondent aux critères de sa collection, et qu’il pourra vendre. Les coups de foudre littéraires, genre : quand j’ai trouvé Machin je l’ai publié tout de suite, même si je prenais des risques, c’est de la pure connerie. Un éditeur ne prend pas de risques. Un éditeur veut une histoire qui se conforme à sa ligne éditoriale. Point barre.

Ami auteur, chasse toute métaphysique de ta petite cervelle impressionnable. Il n’y a pas de métaphysique.  Le talent, ça n’existe pas. Tu arrives enfin à être édité ? Ma foi, il s’est trouvé que ton livre pouvait éventuellement s’insérer dans une ligne éditoriale. Le reste ? Narcissisme d’écrivain… Et baratin d’éditeur. Abandonne ces visions dégoulinantes de grandeur.

Cela n’empêche pas le plaisir d’écrire, ni celui de lire. Il s’agit juste d’une question de pure coïncidence. Il y a des choses éditées pour êtres vendues – tout est édité pour être vendu – qui sont très bonnes. Tu comprends ? Je n’accuse personne de vouloir faire du marketing. Ça, c’est le boulot de l’éditeur. L’auteur, lui, dans la majorité des cas, fait son bordel dans son coin, et après, au petit bonheur la chance ! Est-ce que ça collera ou pas à une ligne éditoriale ? La grande question… Il n’y a pas d’écrivain raté. Les gens qui écrivent, et qui n’arrivent pas à être publiés, ne doivent pas penser en termes de : j’ai pas de talent. Le jour où un éditeur se souciera du talent… L’éditeur fournit des livres à son lectorat, qui attend tel type d’histoire. Il peut parfois en sortir du très bon, de ce mécanisme.

Je n’émets pas un jugement de valeur sur l’édition, je t’expose froidement son fonctionnement.

Et heureusement que je le fais. Toi, auteur en quête d’un premier contrat, tu partais la fleur au fusil. La fleur, c’est ton manuscrit et tout ce que tu as dire – écrire – en tant qu’auteur. Le fusil, c’est ton envie de faire ce boulot-là, écrivain. Alors charge-le bien, ton fusil. Astique-le. Démonte et monte-le, tous les soirs. Parce que tu entres en guerre…

Tu as été remarqué par un éditeur ? Très bien. Bienvenue en enfer. Comme dans l’armée, l’éditeur, ton officier, va tout faire pour te casser en tant que personne. Il va te frapper, te molester – psychiquement on s’entend, dans ton amour propre et ton enthousiasme d’écrire. Pourquoi ? Pour que tu sois à sa merci. En bon petit soldat des lettres. Pour que, brisé, tu pondes exactement les bouquins dont il a envie lui (et non pas ceux dont tu as envie toi). Il fera de toi sa chose. A toi de voir si tu tiendras le coup. N’arrête jamais d’écrire. Parce qu’il voudra que tu arrêtes. Il est fondamentalement jaloux de toi.

Un éditeur est bien souvent quelqu’un qui n’a jamais su écrire. Passionné par son boulot, la littérature – il faut l’espérer pour lui ! Mais un écrivain raté. Il ne sait pas faire. Il n’a pas le pouvoir. Il vit d’une force qu’il ne maîtrise pas. Il est aigri, comme tous les parasites… Le mot est méchant, mais je l’utilise plutôt dans un sens biologique. Il vit de ce qu’il ne produit pas.

Tu seras donc son nègre.

Dans le pire des cas ? Il a reçu ton manuscrit, a repéré que, toi, tu sais écrire, mais se fout royalement de ton roman. Alors il te téléphonera et te demandera : « ok, tu écris très bien et tout, mais moi ce qui m’intéresserait, c’est un roman sur… » Et là il va te sortir un sujet qui ne fait pas du tout bander ! Je sais pas… « Sur la Reine Margot ! » Et il va préciser : « Mais dans ce roman, je veux que tu insistes beaucoup sur les chapeaux que la Reine Margot porte. Je veux des descriptions de chacun de ses chapeaux. Moi je trouve ça très intéressant ! Tu peux me l’écrire ? »

Même dans le cas où, en effet, tu aurais la chance inestimable que ton histoire lui plaise, il va quand même vouloir y apporter sa patte. Les vrais écrivains ratés, ce ne sont pas les auteurs refusés systématiquement, en fait, ce sont les éditeurs ! Ton histoire, il va la tripatouiller, la triturer… Concrètement ? Il va te demander de reprendre tel chapitre. De rajouter telle scène. De couper tant de pages. D’y insérer ses idées à lui. Un soldat, je te le dis.

Ami auteur, je suis désolé de te le dire, mais attends-toi à aller de désillusion en désillusion. Ton manuscrit est refusé ? Tu seras déçu. Ton manuscrit est accepté ? Tu auras du mal à me croire, mais je te le garantis : tu seras très déçu aussi.

Or, crois-moi, ce n’est pas si grave.

N’arrête jamais d’écrire.

déprimé ? mais non, faut pas !

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2 thoughts on “Tu écris des romans… tu es un caca !

  1. Tagada

    Bonsoir ! 🙂

    Tu dis qu’il n’y a pas d’écrivain raté, puis que les éditeurs sont des écrivains ratés… Est-ce qu’eux-mêmes n’ont pas souffert de cette approche, justement, et la reproduisent ? Les auteurs « refoulés » qui se reconvertissent dans l’édition sont-ils donc des ratés ou plutôt d’anciennes victimes du système auquel ils participent ?

    Reply
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