Des tuyaux tout cons pour mieux écrire

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Quand on a rédigé son premier manuscrit et qu’on a en vue de se faire éditer, on oublie souvent des petites (et des grosses…) choses qui pourront nous aider à améliorer notre prose.

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Le premier jet

Vous avez fini votre roman et vous essuyez la goutte de sueur sur votre front. Vous venez de pondre ce qu’on appelle dans le milieu : le premier jet.

 

Autant vous dire, vous avez fait le tiers du boulot.

Eh oui, c’est dur, mais c’est ainsi.

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Parce que, bien souvent, le premier jet est impubliable. Vous y avez passé des mois. J’en suis conscient. Moi aussi, d’ailleurs, j’y passe des mois. Il y a des éjaculateurs précoces qui n’y passent que quelques jours ou quelques semaines. Mais, dans tous les cas, vous avez bien bossé.

Vous avez toutes les chances pour que votre manuscrit soit bourré de fautes d’orthographe, de formulations incompréhensibles, de phrases qui ne veulent rien dire, de répétitions, de dialogues inutiles, de chapitres inutiles, etc.

Et si vous envoyiez ce bordel à un éditeur, ça le refroidirait vachement.

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Relire

La première chose à faire est de relire avec un œil critique. Transformez-vous en flic du style. Traquez tous vos défauts. Imaginez que vous êtes éditeur et que vous partez avec un mauvais a priori (un éditeur part toujours avec un mauvais a priori, lorsqu’il ne vous connait pas). Soyez sans pitié. Envers vous-même.

Pendant que vous relisez, apportez vos modifications, entourez les passages qui ne vont pas. N’hésitez pas à supprimer des phrases, des paragraphes, quand ça vous semble bancal.

N’hésitez pas à relire cinq ou six fois… Minimum.

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Les erreurs de style

On évite : les phrases trop longues. Sauf si vous êtes sûr de votre coup. Mais bon, les trucs du genre :

« Loin derrière la montagne, un oiseau confectionnait son nid en récupérant des brindilles tout autour de l’arbre où il avait élu domicile, la pauvre bête ne sachant malheureusement pas, affublée d’une conscience limitée car animale, que le bombardier venait de larguer sa puissante force de frappe, issue de l’énergie de l’atome, sur des centaines de milliers d’innocents qui, eux, n’étaient hélas pas des oiseaux. »

La phrase est horrible, on est d’accord.

D’une, elle est truffée d’évidences. Bien sûr, un nid se confectionne avec des brindilles. Bien sûr, un oiseau élit domicile dans un arbre. Bien sûr, un oiseau n’a pas de conscience. Bien sûr, les centaines de milliers d’innocents ne sont pas des oiseaux.

C’est le problème des phrases longues. On se plante.

Mieux ne vaut-il pas :

« Au loin, derrière la montagne, un oiseau confectionnait son nid. La pauvre bête n’avait aucune idée du bombardier, qui venait de larguer sa puissante force de frappe sur des centaines de milliers d’innocents. »

Si vous tenez à votre comparaison humains/oiseaux, vous pouvez rajouter après un retour à la ligne :

« Et dans cette foule-là, il n’y avait pas que des oiseaux. »

C’est la petite phrase choc !

Ensuite, au niveau des dialogues, épurez au maximum les « dit-il » « demanda-t-elle », « s’exclama-t-il ». C’est très très pénible. On en laisse le minimum, juste quand c’est indispensable.

Exemple :

« Mario observait les voûtes des égouts. Il se pinça le nez.

– Ça pue bordel de merde, dit-il.

– Oh oh, remarqua Luigi. C’est seulement maintenant que tu t’en rends compte !

– Mais ta gueule putain, enragea Mario.

Luigi esquissa un doigt d’honneur.

– Va niquer ta mère ! ricana-t-il. »

L’horreur.

On arrange ça :

« Mario observait les voûtes des égouts. Il se pinça le nez.

– Ça pue bordel de merde.

– Oh oh ! C’est seulement maintenant que tu t’en rends compte !

– Mais ta gueule putain !

Luigi esquissa un doigt d’honneur :

– Va niquer ta mère ! »

Pas la peine de préciser « rétorqua Luigi » quand il n’y a que deux personnages dans les égouts ! On se doute bien que c’est Luigi qui répond !

Lire mon article complet sur l’art du dialogue.

On enlève le maximum de : connecteurs logiques, adverbes, adjectifs inutiles…

Je suis assez partisan du : plus c’est simple, plus c’est efficace, mieux c’est.

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Dresser une ossature

Une ossature, c’est lister tous les chapitres de votre roman et les résumer en trois phrases maximum. Si votre texte n’est pas hiérarchisé en chapitres, listez les séquences ou les différentes scènes.

Quel est l’intérêt ? Il vous permet d’abord de vérifier la cohérence de votre texte. Par exemple, si vous vous rendez compte que vos personnages fêtent trois fois Noël en seulement un an, il y a un problème. Bon j’exagère, mais on trouve ce genre de défaut dans les manuscrits.

N’hésitez pas à accompagner chaque chapitre de sa datation chronologique dans l’histoire. Si votre roman se déroule sur une seule journée, placez les heures à côté. Vous vous rendrez compte si l’enchaînement de l’action est crédible.

Parce que ça, un bon lecteur s’en rend compte.

Deuxième intérêt, repérer les chapitres qui répètent une scène déjà présentée auparavant.

Et celles qui ne servent à rien (vous vous êtes fait plaisir à décrire le petit-déjeuner d’une famille Ricoré : ok, c’est génial, mais on s’en bat les steaks).

Exemple :

Chapitre 12 : Mario et Luigi sont coincés au fond des égouts. Mario cherche une solution pour sortir. Luigi s’isole derrière une canalisation pour pisser.

Chapitre 13 : pendant ce temps, la princesse Peach se prépare pour sortir. Elle se maquille et s’habille.

Chapitre 14 : Mario cherche encore une solution pour sortir des égouts. Luigi appelle à l’aide avec son portable.

Chapitre 15 : la princesse Peach appelle un taxi.

Chapitre 16 : Bowser arrive pour sauver Mario et Luigi. Nous apprenons qu’il est en vérité l’amant secret de Luigi. Mario n’est pas content.

Les chapitres 12 et 14 présentent la même situation : Mario cherche une solution pour sortir. Et ça, on l’a compris dans le chapitre 12. C’est pas la peine d’en faire tout un fromage dans le 14.

Quant au chapitre 15, on s’en fout, qu’elle appelle un taxi, la princesse Peach. Ça n’a aucun intérêt. En revanche si dans le chapitre 13, le fait qu’elle se prépare pour sortir sert à présenter le personnage, on peut le garder.

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Un bon roman est un roman hiérarchisé avec soin. L’action progresse – même dans les bouquins de Proust l’action progresse d’un chapitre à l’autre, je vous jure. Ne répétez pas quinze mille fois la même chose.

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Faire lire à d’autres gens

Beaucoup d’entre vous y regimbent, mais c’est quand même mieux quand on peut le faire.

Évitez toute personne qui vous admire (vos parents), ou qui a toujours dénié votre penchant pour la boisson (« Jean-Pierre ? Mais non, il n’est pas alcoolique, voyons ! » – c’est-à-dire, encore une fois, vos parents).

Les potes, les frères et sœurs, les cousins, le conjoint, voire même des collègues, sont préférables.

Le truc, ce n’est pas que vos amis vous fassent une critique littéraire. Ni qu’ils vous disent s’ils ont aimé ou pas. On s’en bat les couilles, qu’ils aiment votre roman.

Ce qui nous importe, c’est qu’ils lisent votre chef d’œuvre avec un point de vue extérieur ET REPÈRENT LES PASSAGES OU ILS N’ONT RIEN COMPRIS.

Eh oui, il y a des choses qui pour vous font sens.

Imaginez que vous ayez écrit un roman de science-fiction. Dans votre univers, il y a différentes sortes de cyborgs.

Ce qui donnerait des extraits tels que :

« H3X était un troisième génération thermolactyl. Il prit un Benzodion, qu’il avala avec du nitrate de phosphore. Son créateur, Francis Dumesnil, le regarda faire, tout en réparant Loopi, deuxième génération carburant à l’azote. Bien entendu, H3X et Loopi ne pouvaient pas s’encadrer. »

Vous avez expliqué cinquante pages auparavant que la génération thermolactyl détestait la deuxième génération azote pour la raison que leurs ondes magnétiques génèrent, en se rencontrant, de l’électricité statique. Vous avez aussi expliqué ce qu’était le Benzodion dans le premier chapitre.

Pour vous, c’est clair. Forcément, vous avez imaginé tout ce bordel.

Le lecteur, lui, a oublié ces précisions, en cinquante pages. Il n’a pas imaginé tout ce bordel : il le découvre. Et il n’y comprend plus rien.

Donc, confiez votre manuscrit à vos premiers lecteurs en expliquant clairement vos motivations :

« Je ne veux pas que tu me dises si ça t’a plu ou pas. Je vais te demander de souligner ou d’entourer les phrases, les mots, les paragraphes, voire même les chapitres que tu n’as pas compris, ou qui ne t’ont pas paru clairs. »

Si vos lecteurs sont doués en orthographe et en grammaire, ils peuvent aussi vous aider en vous corrigeant.

  Lire à ce sujet : mon avis sur les sites de relecture

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Incorporer vos modifications

Après votre propre relecture, après avoir arrangé la structure grâce à l’ossature, après les retours de vos lecteurs, vous aurez quelques modifs à apporter au manuscrit.

Une excellente occasion pour tout réécrire !

Croyez-moi, si vous avez beaucoup de changements à apporter, mieux vaut tout retaper. Cela vous évitera les incohérences qui vont inévitablement apparaître, au fil des versions et des modifications…

Pour ma part, je réécris en général trois ou quatre fois (voire plus !) mon roman avant de le considérer prêt pour la relecture à voix haute (on y vient).

J’ouvre le fichier word de mon roman, et crée un nouveau fichier. Je réduis les deux fenêtres pour que chacune occupe la moitié de mon écran – dans le sens horizontal.

En haut, j’ai l’ancienne version. En bas, la nouvelle que je dois taper.

Et je me fous au boulot.

J’en profite pour améliorer la narration, le style, les dialogues, également.

Contrairement à ce qu’on croit, c’est plutôt plaisant à faire. On se replonge dans son roman, on le peaufine, sans pour autant avoir à se prendre la tête pour inventer l’histoire. Tout est déjà tracé.

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Corriger la grammaire et l’orthographe

C’est bien plus important qu’on ne le croit, faites le maximum…

Lire mon article rien que sur le niveau de langue des manus.

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Lire à voix haute

Voilà qui n’est pas une partie de plaisir. Sachant qu’il faut le faire deux ou trois fois minimum, non, c’est pas funky du tout…

Concrètement, vous prenez votre manuscrit tout bien corrigé, vous vous posez sur votre canapé et vous commencez à lire tout haut :

« Chapitre Un. Un matin comme un autre pour Mario, plombier de son état. Son frère Luigi, moustachu gauchiste et adhérent au PCF, se coupait les ongles des orteils à même le sol. Mario grimaça. Ce manque total d’hygiène lui était insupportable. Il… »

Et ainsi de suite jusqu’à la fin du roman.

Cela vous prendra beaucoup de temps, et vous aurez la voix cassée à la fin de vos journées de travail.

Mais ça sert à quelque chose.

Votre respiration sera votre meilleure alliée. Les moments où vous avez besoin de reprendre votre souffle vous indiqueront où placer des virgules, des tirets, ou peut-être même où tronquer votre phrase pour en commencer une autre.

Une bonne écriture possède son propre rythme respiratoire. Elle ne doit pas être éprouvante à lire.

De même, vous travaillerez ainsi la musicalité de votre texte.

Quand une phrase accroche votre oreille et que vous pensez « ouh là là, c’est moche ça, ça ne passe pas du tout par rapport au reste », c’est qu’il y a un problème.

Vous devez prendre du plaisir à vous entendre.

Bien entendu, vous en prendrez beaucoup moins après une heure de lecture à voix haute, mais il vous faudra faire abstraction de la lassitude…

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Voilà ce qui me vient à l’esprit pour l’instant.

Je n’hésiterai pas à vous donner d’autres petits tuyaux dès que je les aurai en tête.

Je vous rappelle que ces conseils sont à prendre ou à laisser.

Chacun sa manière de faire, chacun sa façon de procéder. Si l’une ou l’autre de mes méthodes vous rebute, ne vous inquiétez pas. Il n’y a pas de formule magique.

Il n’y a pas de règle, et encore moins de dogme !

Mon conseil ultime est : prenez votre temps.

Il y a des auteurs capables d’écrire un bouquin en moins d’un mois.

Personnellement, je mets beaucoup plus longtemps.

L’objectif, c’est que vous soyez satisfait au possible de votre texte. Si ça doit vous prendre trois mois, six mois, un an, ou davantage encore… Ce n’est pas grave.

Écrire, c’est travailler, les enfants !

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2 thoughts on “Des tuyaux tout cons pour mieux écrire

  1. Pingback: Mon avis sur les méthodes d’écriture et les ateliers d’écriture | Ma vie d'auteur

  2. Emmanuelle Weisz

    finalement vous donnez des leçons de style! Polar contre Proust? Vous qui disiez que vous ne connaissiez pas le petit bouquin de Stephen King sur le travail d’écriture… en fait vous êtes assez dans le même esprit! Ah on n’échappe pas au dogmatisme du style, quoiqu’on en ait…. pourquoi une phrase longue ( pas votre exemple peut-êtte) serait -elle moins valide qu’une phrase courte!???? bon ,tant pis… j’aime qiand même bien votre blog…

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