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Le petit mot d’encouragement de l’éditeur : mon avis à ce sujet

 

 

 

https://i1.wp.com/www.tracteur-et-tondeuse.com/wp-content/uploads/2010/06/Tracteur-Renault-3042.jpg

Si si, y’a un rapport avec ce joli tracteur rouge,

tu verras.

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Toi, jeune auteur en quête d’éditeur, tu as donc entamé le long processus de la quête d’un premier contrat d’édition.

Tu procèdes à tes envois après avoir bien retravaillé ton manuscrit, et selon les conseils de mises en forme de ton cher ami Stoni.

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D’ailleurs, tu as bien lu le blog dudit Stoni et as désormais pigé que le talent, ça n’existe pas (mais l’économie de marché, si : un livre est édité parce qu’il sera susceptible de rencontrer un lectorat). Tu as aussi pigé que pour l’éditeur, l’auteur est un caca boudin qui pue.

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Oui, je sais, ces phrases d’introduction font quelque peu distribution de liens gratuite. Mais au vu des messages que je reçois, nombre d’entre vous n’ont pas lu tous mes articles, ou bien n’ont pas voulu les lire en entier… Un petit rappel n’a jamais fait de mal à personne.

 

Bref.

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Lorsque tu envoies ton manuscrit à des éditeurs, tu as deux espoirs.

Primo : que l’on te propose un contrat d’édition.

Bon, ça serait rudement bien, mais t’y crois moyen…

Deuzio : qu’un éditeur – faute de te publier – t’envoie un petit mot d’encouragement.

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Alors ça, le petit mot d’encouragement, ou le petit mot d’appréciation positive, quelle putain de légende parmi les auteurs !

Souventes fois vous m’écrivez “si seulement j’avais un petit mot d’encouragement…”, “si seulement un éditeur me disait au moins que ce n’est pas nul…”.

En effet, cela se produit parfois. J’ai évoqué cette possibilité dans l’article “le critère de sélection des manuscrits….“.

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Parce qu’un éditeur aura bien kiffé ton bouquin – mais il ne le publiera pas pour autant – dans un grand moment d’inspiration, dans un summum d’esprit altruiste, il se saisit d’un bristol et griffonne un petit message gentil tout plein.

Voilà mon avis sur ce cas de figure.

Contrairement à ce que vous croyez, ce petit mot sera davantage une source de frustration qu’un encouragement.

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L’humain est ainsi conçu qu’au lieu de se reposer sur ses sources de satisfaction, il convoite quelque chose de plus grand encore.

Bon, c’est pas si mal que ça, ce trait de caractère. Faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, hein. Si l’humain s’endormait sur ses lauriers, le progrès technologique et tout, t’aurais toujours pu te le foutre où je pense !

Genre quand l’humain aurait inventé la charrue, il se serait dit “oh c’est bien comme ça, je vais pas chercher plus loin” – au lieu de se plaindre aussitôt que la charrue c’est lent et relou. Si notre humain s’était contenté de la charrue, il n’aurait jamais inventé le tracteur.

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Toute cette magnifique parabole agricole pour vous dire : lorsque tu auras reçu “un mot d’encouragement ou de gentille appréciation”, tu passeras par deux phases d’appréhension.

La première, qui dure environ d’une minute à quarante-huit heures. Tu penseras alors “ah enfin on me dit que mon travail vaut quelque chose, quelle joie, quel accomplissement !”.

A la fin de cette phase, s’ensuit logiquement la seconde.

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Cette seconde phase d’appréhension durera très longtemps. Tu penseras alors “ouais ben ça me fait une belle jambe ce petit mot, je suis dégoûté, pourquoi ce type ne m’a pas proposé un contrat à la place ?”.

Je vous jure que ça se déroulera de la sorte.

C’est la raison pour laquelle je ne suis pas très enthousiaste lorsque mes lecteurs m’écrivent pour me dire “oh si seulement on me disait que ça vaut quelque chose !”.

Un auteur ne veut pas qu’on lui “dise” que son travail vaut quelque chose.

Un auteur veut qu’on le lui prouve.

(…Putain c’est beau ce que j’écris ! )

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Si d’aventure tu as un petit retour gentil d’un éditeur, ce n’est tout de même pas non plus totalement négatif, hein. Tu as le droit d’en être fier. Tu pourras toujours y repenser dans des moments de désespoir absolu (et ça, le désespoir absolu, nous en connaissons tous, nous les auteurs, édités ou pas, faites-moi confiance…).

Mais bon. C’est pas la peine d’en faire tout un fromage et si vous n’en avez pas, eh bien, vous ne vous en porterez pas plus mal.

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Dois-je rappeler les éditeurs à qui j’ai envoyé mon manuscrit et qui ne m’ont pas répondu ?

 

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Plusieurs lecteurs m’ont déjà posé cette fatidique question. En outre, je reçois régulièrement des témoignages où de jeunes auteurs pas-encore-édités me racontent qu’ils ont appelé tel éditeur : la teneur et les conséquences de ce genre d’appel téléphonique justifient à eux seuls un article.

Récapitulons ta situation, auteur pas-encore-édité.

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Tu as envoyé pas mal de manuscrits par la poste, obéissant en cela aux recommandations de ton ami Stoni.

Ce qui est très bien.

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Hélas, les réponses – positives ou négatives – tardent à venir. Tu commences à tourner tel un ours en cage.

Et puis, un beau jour, tu craques et appelles les maisons d’édition à qui tu as adressé ta magnifique œuvre littéraire.

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Pourquoi ?

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Tu espères que la maison d’édition te dira :

  • option a : qu’ils n’ont pas encore lu ton manus mais que ça viendra (ça te rassurerait)

  • option b : qu’ils ont lu ton manus mais que ça ne le fait pas pour telle ou telle raison (ça t’aiderait à le perfectionner)

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J’ose espérer que tu n’espères pas une quelconque option c du style : l’éditeur t’annonce qu’il est rudement content que tu l’appelles – ça tombe même super bien ! – vu qu’il a adoré ton roman et qu’il souhaite te publier à la prochaine rentrée littéraire.

Parce que ça, ça n’arrivera pas. Un éditeur qui veut t’éditer te rappellera lui-même, il n’attendra pas que tu le fasses…

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Bref, toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

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Voilà comment tu conçois cet appel :

– Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

– Oh mais oui mon bon petit monsieur !

– Qu’en pensez-vous ?

– Excellent, excellent ! Mais vous ne maîtrisez pas encore tout à fait votre style, en outre, le personnage du fantôme n’est peut-être pas assez construit, etc, etc, etc.

Bref, une critique littéraire constructive qui va t’aider à améliorer ton manuscrit.

Ce scénario idyllique ne se produira jamais.

Voilà ce qui va se dérouler en réalité.

Toi, auteur pas-encore-édité, tu saisis ton téléphone et composes le numéro d’une des (nombreuses) maisons d’édition à qui tu as soumis ta prose.

– Allô ? (voix ronchon du stagiaire non rémunéré du moment)

– Bonjour, je suis Kenny Dupont, je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande. Vous l’avez lu ?

– Qui ça ?

– Kenny Dupont…

– Comment il s’appelle, le manuscrit ?

– Le Fantôme de la lande.

– (gros bruit de pet avec la bouche) Connais po !

– Mais je vous l’ai envoyé il y a trois mois et je me demandais si…

– Attendez !

Cinq interminables minutes de silence, puis une autre voix.

– Ouais, qu’est-ce que vous voulez, vous ?

– Bonjour, je suis Kenny Dupont… je vous ai envoyé mon manuscrit Le Fantôme de la lande… Vous l’avez lu ?

– On vous a pas répondu ?

– Euh, eh bien, non…

– Alors ça veut dire qu’on l’a pas encore lu, ou bien qu’on en veut pas.

– Mais je voudrais justement savoir si c’est l’une ou l’autre de ces possibilités, je voudrais être fixé…

– Ecoutez, si on l’a pas encore lu, et que dans six mois vous avez toujours pas de nouvelles, ça veut dire qu’on en veut pas !

– Mais vous pouvez pas me dire si vous l’avez déjà lu ou pas ?

– On reçoit trop de manuscrits, je peux pas chercher là-dedans, moi ! Vous me dérangez, monsieur. Au revoir !

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Et là, le gars te raccroche au nez.

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Wouah, quelle conversation constructive et intelligente qui va probablement t’encourager dans tes démarches éditoriales et qui, surtout, ne va certainement pas t’humilier !

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Tu connais désormais ma réponse à la question initiale : je pense que ce genre d’appel ne sert strictement à rien, n’a aucun intérêt et ne pourra que concourir à te déprimer.

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Je ne sais pas pourquoi les auteurs-pas-encore-édités se sont mis dans la tête qu’un éditeur pouvait les conseiller sur leur travail, quand bien même il ne voudrait pas du bouquin.

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« Ils refusent mon livre mais ne me disent pas POURQUOI ! »

Combien de fois ai-je lu ou entendu cette complainte ?

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Or, ce n’est pas le rôle des éditeurs ! Un éditeur cherche une certaine matière première à publier. Il se fout du reste. C’est comme une entreprise ! D’ailleurs je rappelle qu’une maison d’édition est une entreprise dont le but est de faire des bénéfices, et non pas une association caritative. Nous vivons dans un putain de système capitaliste ! Si tu veux que ça change, milite pour la révolution prolétarienne. En attendant, ne te fais pas d’illusion sur notre réalité économique ! Si un fournisseur n’est pas en mesure de donner la matière première sollicitée par une entreprise, crois-tu que cette entreprise-là va passer dix ans à expliquer au fournisseur en quoi sa production ne lui convient pas ? Non ! Un éditeur, c’est pareil ! Tu n’as rien à lui proposer qui l’intéresse ? Il s’en fout et te jette dans la poubelle de l’histoire !

Quant à la critique littéraire que tu attendais (« pourquoi j’ai refusé votre manuscrit, mon cher monsieur ? oh mais je vais vous expliquer tout cela par le menu en dix points… »), un éditeur est dans l’incapacité totale de te la donner car il n’a pas lu ton manuscrit en entier.

I.

l n’en a lu que une ou deux lignes, voire, au grand maximum un paragraphe ou une page.

Comment voulez-vous qu’il vous critique en se basant sur deux lignes ?

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J’ai expliqué le processus de « traitement » des manuscrits dans l’article Le critère de sélection des manuscrits.

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Les mecs ouvrent votre manus au hasard, en lisent deux lignes et se font leur idée.

C’est avec ces deux lignes qu’ils vont juger si ton roman a éventuellement sa place ou non dans leur collection. POINT A LA LIGNE. FIN DU DEBAT.

Je vous invite à relire l’article Le critère de sélection des manuscrits… pour bien vous remettre dans la tête ce point primordial de l’édition – car je ne vais pas le recopier ici.

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Si tu ne comprends pas – ou refuses de comprendre – la logique de sélection éditoriale qui règne en France, tu vas très mal vivre tes démarches pour te faire publier, car tu te butteras immanquablement à un mur.

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https://i0.wp.com/www.topito.com/wp-content/uploads/2012/05/14.gif

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Au cas où un éditeur aurait entièrement lu ton bouquin (ou une bonne partie), qu’il ne le trouverait pas trop mauvais, et qu’il aurait envie de te le dire, IL LE FERA DE LUI-MÊME. Il t’enverra un petit mot   disant « pas mal pas mal ! ». Voilà ! Ca aussi, je l’explique dans l’article Le critère de sélection

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Donc, je le répète s’il le fallait encore : n’appelle pas les éditeurs à qui tu as envoyé ton manuscrit.

A moins que tu ne sois maso, que tu aimes souffrir et être humilié, et que tu apprécies d’être remballé par un stagiaire sous-payé. Chacun son truc, hein.

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Etre édité à 15, 16, 17 ans… Y’a-t-il un âge minimum pour être édité ?

 

Nombre de très jeunes gens me lisent. Je le sais, car ils m’envoient des
messages et certains imitent mon ” Stoni 1983 ” en signant ” Julien 1992 “, ” Claire 1990 “…

L’autre jour, j’ai eu un ” Jojo 1998 “.

1998, putain.

Ça m’a fait un choc. Je te jure.

Le mec, il est né l’année de la coupe du monde. Nom d’un topinambour,
le coup de vieux que j’ai pris ! Et maintenant, il est là, il me lit et il veut écrire des romans, ce gamin.

Merde !

De même, quand je vois l’âge de certains de mes lecteurs (pas tous,
heureusement j’ai des vieux aussi), je balise. Les responsabilités que ça me fait prendre ! J’ai peur d’exercer une mauvaise influence sur leur jeune esprit impressionnable.

Enfin. Fi de digressions.

Donc, ces jeunes gens de quinze, seize, dix-huit, vingt, vingt-deux ans,
m’écrivent de semblables messages :

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Salut Stoni toi qui assures trop ta race,

J’ai envie d’être écrivain comme toi ! J’ai écrit un roman mais j’ai 15
ans, tu crois que je peux essayer de me faire publier ? J’aurais trop le seum d’être trop jeune pour ça !

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Après avoir vérifié sur internet ce que signifie “avoir le seum”, vu que je
suis un vieux con de trente ans qui est complètement hors du coup, je prends le temps de répondre à cette affable jeune personne.

Voici donc mon avis sur la question.

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Techniquement, il est possible de se faire éditer à n’importe quel
âge.

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Attention : quand je parle d’édition sur ce blog, je parle
d’édition à compte d’éditeur chez une maison bien distribuée,
présente en librairie. Les autres formes d’édition (édition
numérique
, éditeur-pourri-qu’on-trouve-pas-ton-livre-en-librairie), je connais
pas, c’est pas mon rayon.

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Techniquement, oui, tu peux être édité à seize ans. D’ailleurs, ça fera un bon
argument marketing pour ton éditeur (” le benjamin de la rentrée littéraire “, ce genre de conneries).

Si tu souhaites être édité, tu peux donc tout à fait envoyer tes manuscrits
ici et là.

Le seul problème qui risque de se poser c’est qu’à seize ans, on a rarement
assez de pognon pour financer les photocopies et les envois postaux, mais c’est là une autre question.

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Après, je ne pense pas, tout à fait personnellement, que ce soit une
excellente idée.

Je vais t’expliquer pourquoi.

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Je me base sur ma propre expérience. Un autre auteur pourrait te tenir un
discours fort différent.

Mais, entre quinze et vingt-et-un ans, voire vingt-deux ans, j’aurais tendance
à conseiller aux auteurs de ne pas passer trop de temps à essayer d’être édité.

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Pourquoi ?

Parce que vous ne connaîtrez peut-être plus une période de telle énergie
créatrice. Vouloir être édité, être édité, c’est perdre beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, pour des choses qui ne sont pas de la création proprement dite.

De quinze à vingt-deux ans, j’avais une frénésie imaginaire incroyable. Je ne
l’ai plus aujourd’hui. J’étais tout le temps en train de faire des choses, et je faisais des millions de choses. J’écrivais. Je dessinais. Je faisais de la musique. J’écoutais beaucoup de musique. Je n’arrêtais pas. J’avais tellement d’idées. Toujours des idées.

Tout était simple, tout semblait accessible. J’osais. J’avais des audaces
typiquement adolescentes, je me sentais d’une liberté totale, j’étais fertile. Vraiment fertile. Je me jetais dans des projets fous, dans des projets difficiles, rien ne me
retenait.

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Dans le documentaire ” profession mangaka “, la dessinatrice Kiriko Nananan exprime très bien ce privilège de la jeunesse.

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  Le passage en question est à 8:55

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De ce que j’ai réalisé à cette époque, rien n’a été publié.

Mais j’ai commencé à bâtir, à cerner, avec un courage et une force
inégalables, les thématiques que j’ai développées plus tard dans mes romans édités.

Si je n’avais pas eu ces années où j’ai créé pour moi, pour mes amis, mes
thématiques n’auraient pas été portées à une maturation suffisante, et, probablement, je n’aurais pas écrit les livres que j’ai pondus par la suite.

Je pense qu’il est important de laisser mûrir votre travail, votre univers
d’artiste. Un peu plus tard, vous serez capable de synthétiser toutes ces inspirations diverses et variées pour en faire quelque chose de vendable.

Car, quand on veut se faire éditer, il ne faut pas se voiler la face : on doit
vendre notre oeuvre. Comme un peintre vend ses tableaux.

Et pour vendre, il faut que ce soit travaillé un minimum.

J’ai écrit plus haut que mes productions de jeunesse n’avaient pas été
publiées. En l’état, elles n’étaient pas publiables. Je n’étais pas capable, à l’époque, de me consacrer à l’immense travail de réécritures, de relectures, de corrections, qu’un roman nécessite avant d’être présenté à des éditeurs. Je ne voulais pas perdre de temps sur cet ouvrage lassant, rébarbatif, monotone. J’avais bien trop d’idées pour m’attarder là-dessus.

C’est à vingt-trois ans que j’ai commencé à réfléchir sur un roman “pour me
faire éditer”, que j’ai eu la mentalité propre à un immense travail de forme et de fond. J’ai signé mon premier contrat d’édition quelques années plus tard.

Etre édité, essayer d’être édité, est un processus de longue haleine, qui pompe énormément d’énergie, de temps,
un peu d’argent aussi (pour les photocops et les envois par la poste). Je suis heureux de ne pas l’avoir fait trop jeune. D’ailleurs, je pense parfois que, même en ayant été édité entre 25 et 30
ans, j’étais encore trop jeune pour ça. Mal préparé, mal dégrossi, naïf, trop gentil, trop confiant.

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Alors imagine un peu à 15 ans…

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 Lire aussi l’article : trop vieux pour être édité ?

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Le même
blog avec plus de trucs mieux
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Mon avis (négatif) sur le “coach littéraire”

coach

J’ai déjà abordé ici et là la question des relectures, des corrections et tout le tintouin sur les manuscrits. Je n’avais jamais pris le temps de préciser ce que je pensais spécifiquement des gens qui se font payer pour vous “aider à écrire mieux”. Les messages que j’ai échangés avec une lectrice vous donneront un bon aperçu de mon opinion à ce sujet.

Je reçus donc un jour le message suivant :

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Cher Stoni,

Tout d’abord merci pour ton blog, c’est très agréable de te lire et on se sent moins seul en partageant le constat qu’être écrivain ce n’est pas rose tous les jours.

Après avoir été éditée, je pense à devenir coach littéraire. Il s’agirait d’aider ceux qui le souhaitent à améliorer leur manuscrit en respectant leur texte et en leur apportant, contre une rémunération raisonnable, ce regard extérieur qu’ils recherchent pour progresser.

J’aimerais savoir ce que tu en penses.

Une fidèle lectrice.

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Voici ma réponse :

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Chère fidèle lectrice,

J’ai écrit un article qui, je pense, répondra à ta question.

http://stoni1983.over-blog.com/article-les-sites-web-participatifs-de-correction-et-relecture-de-manuscrits-116328890.html

Je suis absolument contre le fait d’exiger une rémunération pour ce genre de travail. Il y a déjà beaucoup de profiteurs qui font payer les aspirants auteurs.

C’est mon avis et vous en faites ce que vous voulez…

Je ne vois pas en quoi un “coach” peut aider n’importe qui à se faire éditer.

Ce genre d’activité n’a aucun sens, sauf si elle est bénévole.

Un peu comme si je faisais payer les articles sur mon blog…

Bien fraternellement

Stoni 1983

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Cher Stoni,

Merci pour la rapidité de ta réponse. J’ai lu avec attention le lien que tu m’as envoyé.

Si je me lançais dans cette activité, je ne ferais jamais miroiter à quelqu’un la promesse d’être édité, ce n’est pas, comme tu le sais, en mon pouvoir. Par contre après avoir écrit plusieurs romans qui ont été publiés et ont trouvé leur public, je crois être en mesure d’aider un auteur à pointer ce qui ne va pas dans son texte, les incohérences, les tics d’écriture sans éprouver l’envie de le dénaturer.

Une amie m’a demandé mon aide afin de finaliser un roman moins pour le voir publier que pour réaliser son rêve. J’ai aimé le faire gracieusement mais cela m’a pris une vingtaine d’heures.

Si je produis un travail de qualité pour un auteur qui lui permette d’améliorer notablement son texte pourquoi ne pourrais-je pas lui demander une rétribution sans passer pour une arnaqueuse ? Pourquoi cette peine-là ne mériterait-elle pas salaire ? Qu’il tente ensuite ou pas l’aventure de l’édition n’est pas de mon ressort, mais s’il le fait il aura certainement augmenté les chances de survie de son manuscrit.

Le but ne serait pas de donner à l’auteur qui m’a confié son roman mon “avis” mais de le pousser à aller au bout de lui-même. Tu dois sans doute être un grand perfectionniste, ce qui te permet de travailler jusqu’à atteindre cet idéal, mais je crois que c’est très dur pour la plupart des gens, moi compris. Certaines personnes ont besoin d’un accompagnement, d’un retour sur leur travail, tu as dû t’en rendre compte au nombre de demandes d’avis que tu reçois.

C’est vrai, il existe des sites bénévoles, je suis d’ailleurs allée y faire un tour et, franchement, je n’aimerais pas passer sous leurs fourches caudines d’autant que je ne les trouve pas très pertinents.

Tu sais, tu aurais pu, comme d’autres écrivains, écrire un livre de conseils du style de celui de Stephen King au lieu de le faire sur ton blog. Tu as la générosité de livrer ton expérience gratuitement, cela t’honore, mais pour autant Stephen King a été un précieux coach pour beaucoup d’auteurs en herbe.

Je pense que cette activité de conseiller peut être un véritable plus pour certains si elle est faite honnêtement et vendue pour ce qu’elle est. Je n’y vois dans ce cas pas d’arnaque.

Bon, ai-je un peu fait évoluer ton opinion sur le sujet ?

Amicalement.

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Chère fidèle lectrice,

Il y a quand même un gros problème dans ton projet.

Tu n’es pas éditrice, tu es auteure (ou alors je n’ai rien compris). Tu n’es pas non plus correctrice d’édition. Quelle légitimité as-tu pour “corriger” le manuscrit des autres moyennant rétribution ? En quoi es-tu capable de pousser les auteurs à aller “au bout d’eux-mêmes” ?

Ecoute, c’est histoires de coaching, je trouve ça si symptomatique de notre époque. Maintenant, il y a des “coach” pour tout (j’écris “coach” entre parenthèses car je ne supporte pas ces mots anglais issus du monde de l’entreprise, qui ne veulent rien dire, qui ne disent rien, et qui n’auront jamais rien à dire). Un “coach” pour t’habiller, pour faire du sport, pour écrire, je ne sais quoi encore. Appliquer au domaine de l’écriture, c’est tout simplement ridicule. Et sinistre. Avant, au sein d’une même branche d’activité, on s’entraidait. Ca s’appellait le syndicalisme, ou le monde associatif. Notre premier réflexe n’était pas de se demander comment tirer quelques euros des poches de nos confrères, ou de nos aspirants confrères. On s’organisait. On partageait.

Récemment sur le blog, un lecteur a posté un commentaire qui m’a fait réfléchir. “ On se rend compte que la plupart des gens voient une maison d’édition comme un professeur. Avec une note, des appréciations, et tout. Pour dire si c’est bien, ce qu’il manque. Je crois que Stoni le dit suffisamment dans tout son blog : un éditeur n’est pas un professeur, il ne sait pas ce qui est bien ou pas, il en fait qu’à sa tête : il n’est pas là pour vous donner des conseils mais pour évaluer votre potentiel artistico-commercial.

Il a raison. Ces histoires de sites de correction, de sites d’évaluation, ou pire encore de “coach”, reflètent exactement ce besoin puéril qu’ont les auteurs d’être notés. La littérature, ça ne se note pas. Voilà pourquoi, entre autres, je n’aime pas ces concours de nouvelles qui pullulent ici et là.

Tu écris que “je – moi Stoni – dois être d’un grand perfectionnisme, que je n’ai pas besoin qu’on me relise, mais que d’autres ont besoin d’être poussés”. D’une, c’est faux, je n’ai jamais écrit que je n’avais pas besoin de relecteurs, au contraire (cf. mon article sur les relectures ). De deux, eh bien, j’ai envie de te dire que si un auteur n’a pas la motivation suffisante pour travailler son propre texte, c’est qu’il ferait peut-être mieux de conserver l’écriture comme un hobby et ne de pas songer à la publication. Que les gens se bougent le cul et bossent un peu, bordel ! C’est incroyable comme il faut vous prendre par la main, parfois !

Je ne connais pas la méthode de Stephen King, ce genre de chose ne m’intéresse pas. J’ai déjà écrit un article sur ces méthodes.

Cela dit, reconnais au moins à ces auteurs le mérite de ne faire payer que 20 € (le prix moyen d’un livre) pour leurs conseils : je doute que tu factureras cette somme pour la lecture complète d’un manuscrit.

Voilà mon opinion, après, si tu veux donc vous lancer dans des entreprises de “coaching”, que veux-tu que je te dise. Fais donc.

Mais je ne conseillerais à personne de gâcher son argent de la sorte.

Fraternellement

Stoni1983

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MyKindex, ou une nouvelle pièce à charge contre l’auto-édition

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Comme je l’ai souventes fois rappelé en ces humbles pages, le blog de Stoni traite uniquement de l’édition à compte d’édition correctement distribuée, car il s’agit du domaine que je connais – je ne suis pas capable de vous conseiller ou de vous expliquer quoi que ce soit sur l’auto-édition, ni sur l’édition numérique, vu que je n’ai pas d’expérience là-dedans.

Néanmoins, à force que vous ô adorables lecteurs me posiez la question, je vous ai déjà donné mon avis sur l’auto-édition : et il était plutôt négatif.

Un lecteur m’a fait part de révélations qui n’ont rien arrangé à ma piètre opinion : il a essayé l’édition numérique Amazon, il a tâté du scandale.

Je vous laisse découvrir les propres mots de ce courageux garçon.

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Bonjour Stoni,
Après avoir écrit mon chef-d’oeuvre, je l’ai envoyé à une quarantaine d’éditeurs qui plus ou moins rapidement m’ont informé qu’ils ne se sentaient pas à la hauteur d’une oeuvre aussi puissante.
J’ai aussi balayé du revers d’une main des propositions de certains gentelmens qui étaient prêt à s’investir contre une petite participation aux frais d’édition.
Rien que du classique jusque là…
Mais j’ai eu envie de publier à travers Amazon KDP mon petit bouquin…
Amazon c’est rapide, ça coute rien, t’as accès au”public” et t’es lu, que veut le peuple!
C’est là ou l’histoire commence
Pour être vendu, il faut être visible, si on voit pas ton bouquin, on ne peut pas l’acheter.
Cette grande vérité annoncé, vient alors le questionnement :comment devenir visible?
C’est simple! Il faut figurer parmi les meilleures ventes!
Mais comment y figurer si on n’est pas visible?
C’est le serpent qui se mord la queue
Là intervient MyKindex.
C’est un service qui propose aux auteurs d’acheter eux-mêmes une certaine quantité de leurs bouquins de telle façon qu’ils soient classés parmi les meilleures ventes.

Au départ myKindex percevait 50 euros, puis l’auteur achetait un certain nombre de clic (le cout de son livre + 10 %).

L’auteur achète supposons 50 clics, soit 50 exemplaire + 10%.

Des quidam qui ont un compte Amazon sont inscrits chez Mykindex (qui n’est autre chose qu’une plateforme internet), ils voient chaque jour un certain nombre de bouquins dans la page Mykindex proposés contre rémunération.

Ils prennent les livres et demandent aussitôt le remboursement à Mykindex qui le fait. Leur importance est d’avoir une carte de crédit authentifiant l’achat chez Amazon.

L’auteur a en quelque sorte payé tous ces gens-là pour qu’ils achètent son livre dans l’espoir qu’il remonte au classement et s’y maintienne.

Le plus probable est qu’aucun de ces « lecteurs » ne lise le bouquin, il n’ y a donc pas de commentaires (autre critère pour que le livre marche chez Amazon).

Le livre dopé par ce nombre d’achats s’élève aux premiers rangs pour descendre dés le lendemain et disparaître de nouveau.

Si vous regardez le classement des meilleurs ventes chez Amazon et que vous vous étonnez de la qualité des bouquins qui y figurent au premier rang, vous avez l’explication : Mykindex.

Mon livre a marché, j’ai vendu une quinzaine d’exemplaires (vraies ventes) pendant les trois campagnes que j’ai réalisées, alors que d’ordinaire je suis à une ou deux ventes par semaines (le pris étant de 0.99 euros et les droits de 35%) : une fortune.

J’avais acheté pour 140 exemplaire à mon compte ! J’ai investi 200 euros pour en gagner 4 ou 5 euros.

MyKindex, Amazon et dans une moindre mesure les lecteurs de MyKindex en ont profité, et je n’ai qu’à accrocher le bonnet d’âne sur ma tête.

Des dizaines d’auteurs ont fait comme moi.

Résultat : MyKindex a augmenté ses prix (150 euros pour un titre)  et limité les campagnes (où elle ne gagne pas de fric) à une seule.

Voilà c’était pour te donner un retour sur l’édition électronique avec ce constat : le vrai marché n’est pas constitué par les lecteurs mais par les auteurs en quête de publication ! Certains loups de la finance l’ont compris, et dans la basse-cour de la littérature, les pigeons sont nombreux!

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Aucune conclusion à rajouter : notre ami lecteur a su trouver les mots justes dans ses dernières lignes…

Une question ?

Envie de partager ? (ton argent, ton corps… non je déconne)

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Un éditeur pourri me propose un contrat : que faire ?

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Vous êtes des dizaines, chaque semaine, à m’écrire car vous vous retrouvez dans cette pénible situation.

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En gros, votre histoire est la suivante :

Vous avez écrit un roman.

Vous avez envoyé vos manuscrits.

Un éditeur vous a rappelé pour vous proposer un contrat.

Vous êtes tombé sur mon article « comment repérer un mauvais éditeur ».

Vous avez fait passer à l’éditeur le test « de l’éditeur pourri ».

Le résultat est malheureusement positif.

Vous êtes dépité et vous ne savez plus quoi faire.

Vous m’écrivez que vous êtes dépité et que vous ne savez plus quoi faire.

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Comment Stoni peut-il t’aider, désormais ?

J’ai envie de vous dire : tout dépend de vos motivations.

Sur mon blog, mes conseils visent des auteurs de littérature adulte qui souhaitent être édités dans un cadre classique, et exister un tant soi peu dans le monde de l’édition française.

Les auteurs attirés par l’édition associative, ou super underground, par exemple, ne trouveront pas de bons conseils chez moi.

Bref, si vos ambitions sont autres, si vous ne voulez pas forcément être « un écrivain classique », si tout ce qui vous intéresse est d’obtenir un objet livre, imprimé, relié, le distribuer ou le vendre autour de vous (famille, amis), dans ce cas, pourquoi pas un éditeur pourri ?

Quoique encore, aux gens comme vous, je conseillerais plutôt l’auto-édition

En revanche, dans l’optique où effectivement vous écrivez de la littérature adulte, que vous souhaitez être édité dans un cadre normal, exister un tant soi peu dans l’édition française (ouais je sais je répète, mais c’est pour être sûr que vous ayez bien compris…), un éditeur qui répond aux critères de l’éditeur pourri n’est clairement pas la meilleure chose pour vous.

Pour vous fixer définitivement sur la qualité d’un éditeur, je dirais que les points fatidiques sont les suivants (cf. les onze tuyaux pour repérer un éditeur pourri) :

Un mauvais distributeur / diffuseur

Un tirage inférieur à 1000 exemplaires

Et encore une fois un mauvais distributeur / diffuseur

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Comme je l’ai déjà expliqué dans cet article, puis dans celui-ci, la distribution et la diffusion sont réellement le nerf de la guerre.

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Alors, que faire ?

Avec toutes ces infos en poche, la balle est dans votre camp.

C’est à vous de voir.

Vous êtes un certain nombre à m’écrire en me demandant de prendre une décision à votre place.

Je ne peux pas le faire. Ce n’est pas mon rôle, ni d’auteur, ni de blogueur.

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A ce stade, les seuls conseils que je puis vous donner, sont ceux-ci.

Il y a un tuyau parmi les onze que je donne dans le fameux « test du Pourrito » que vous avez tendance à négliger, alors qu’il s’agit peut-être du plus important : demander l’avis d’un libraire.

Je vous assure, il vous aidera certainement mieux que moi à prendre une décision. Mouillez-vous. Allez dans une librairie, racontez votre histoire, amenez le contrat pourquoi pas ? En général, quand on demande son avis à quelqu’un, la personne est flattée et vous avez de fortes chances pour qu’elle ne vous envoie pas balader. Faites-le. Demandez-lui ce qu’il pense du distributeur, de la structure, demandez-lui son avis sur tout !

Ne vous précipitez pas sur le premier contrat qu’on vous propose. Prenez le temps de réfléchir. Accordez-vous quelques semaines.

Faites un réel examen de vos motivations par rapport au roman que vous avez soumis, par rapport à vous-même. Que voulez-vous vous offrir ? Pourquoi écrivez-vous ?

Quoi qu’il en soit, je vous souhaite bon courage et bonne chance.

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Une auteure répond aux lettres insultantes du Dilettante

 

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Souviens-toi, camarade lecteur. Je t’ai mis en garde, par le passé, contre les lettres de refus infamantes de l’éditeur dénommé « le Dilettante » dans cet article.

En gros, cet éditeur a pour coutume de répondre aux manuscrits par des courriers méprisants, insultants, qui se réclament probablement « d’un second degré » que beaucoup trouveront, néanmoins, tout à fait déplacé.

Une lectrice de mon blog a envoyé son manuscrit à cet éditeur. La lettre de refus qu’elle a reçue lui a fait « accuser le coup ». Alors, elle a rédigé une réponse bien sentie qu’elle a aussitôt adressée au Dilettante. Cette réponse, elle me l’a fait partager, et j’ai eu envie – avec son accord – de la poster ici, sur le blog.

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Comme je l’avais déjà exposé dans mon premier article sur le Dilettante, les pratiques de cet éditeur (en matière de lettres de refus) me rebutent.

Je ne vois aucun intérêt à leur manie de tourner en dérision des auteurs inconnus, de simples anonymes, qui cherchent à glaner au moins un avis, au mieux un contrat d’édition.

Croyez-moi, en dépit de mon encore assez jeune existence, j’en ai connu, des éditeurs.

J’ai rencontré des salauds, des cyniques, des FDP comme disent les jeunes d’aujourd’hui, mais aucun d’entre eux ne se permettait ce genre de chose. Un éditeur professionnel, doué d’un minimum d’éthique, ne se donnera pas le droit de ridiculiser un auteur surtout si ce dernier est un inconnu.

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Cette histoire, ça me fait penser à la pratique du harcèlement de rue. Les nanas qui me lisent doivent connaître.

Le harcèlement de rue, c’est quand un gros lourd interpelle une nana dans la rue, soit pour l’insulter, soit pour lui dire une saleté obscène, soit pour la suivre et l’importuner, voire pour l’agresser physiquement. Dans tous les cas, il s’agit d’un homme (seul ou pire encore en groupe) qui profite de la position de faiblesse, ou de fragilité, d’une femme seule. A mes yeux, il s’agit de la définition exacte de la lâcheté.

Mon père, qui avait certes des défauts, m’a élevé en m’apprenant qu’on ne s’en prend pas à plus faible, ou à plus fragile, ou à plus isolé que soi, car ce comportement est celui d’un pleutre. Je n’ai jamais pigé les mecs qui faisaient des trucs pareils. Quelle gloire en retirent-ils ? Se mesurer à un autre mec, chercher la baston entre gars, pourquoi pas ? Cela peut paraître idiot, ça l’est certainement, mais au moins on s’en prend à son égal en force physique. Mais s’en prendre à une femme ? Quelle putain de fierté en tirer ?

Bref.

A mon avis, le Dilettante pratique une sorte d’équivalent du harcèlement de rue à l’encontre des auteurs. Cet éditeur profite également de la position de faiblesse, ou de fragilité, de personnes isolées qui ne lui ont strictement rien fait.

Voilà pourquoi je vous invite à faire circuler l’information et à ne pas envoyer vos manuscrits à cet éditeur.

Je vous laisse découvrir le courrier qu’a reçu ma lectrice, et la réponse qu’elle leur a envoyée. Je n’ai pas corrigé les fautes du courrier de l’éditeur.

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.” Madame.Cet espèce de monologue où votre personnage, raconte sa vie quotidienne et ses déboires sentimentaux n’a rien d’extraordinaire et devient même très ennuyeux de redondances après une cinquantaine de page. De plus quand on se dit que ce manuscrit n’est qu’une version allégée (de 200 pages) et qu’il en reste 300 derrière, cela fait froid dans le dos.”.

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Madame Thomas,

J’ai bien reçu votre lettre. J’ai mal reçu vos commentaires. Derrière toute attitude qui s’applique à dégrader délibérément, à détruire consciencieusement est retranché un être-humain, avec une histoire particulière. Quelle personnelle raison originelle vous dispose à l’usage de tant de malveillance ? Par quelle entaille suinte tant d’aigreur ? Pourquoi choisissez-vous de guillotiner un auteur, lorsque son projet n’a trouvé grâce à vos yeux ? La vivacité d’esprit ne condamne pas au verbe acerbe pourtant. Quelle motivation infléchit votre ton jusqu’à la méchanceté ? Qui a la chance d’avoir accès à la part intacte de votre cœur ?

Songeuse, abîmée mais dénuée d’hostilité, je déploie le seul moyen en mesure de restaurer l’intégrité que vous vous êtes employée à persécuter. Je vous écris. J’ai le cœur lourd de la douleur de tous les audacieux qui ont fait les frais de votre lecture acérée et de vos mots impitoyables. Mais j’ai aussi la chance de la dignité qui plie mais ne rompt pas.

Passée la gifle, assagie la morsure, j’ai relu les sarcasmes par lesquels vous envoyez de vie à trépas un émissaire pacifique et désarmé. Je ne vous comprends pas. J’ose même remettre en cause la justesse de votre évaluation. De fait -et volontairement-, j’ai organisé mon écriture dans la vie quotidienne (d’une mère de famille qui plus est. Le comble peut-être -et c’est précisément ce qui m’a intéressée- de donner voix à cette pâle et docile espèce, aseptisée par l’aliénation domestique et d’y organiser là une insurrection). Mais les déboires sentimentaux qui vous ont tant rebuté ne sont pas au centre de la construction, là-dessus vous vous êtes trompée. Ma proposition est un roman initiatique. Peut-être l’auriez-vous saisi si l’embourbement dans la fange affective de la première partie ne vous avait pas empêchée de progresser dans des pages plus éclairées. Je vous ai confié une ébauche de profane, sans esprit fanfaron. Je sais que la longueur (pour mémoire, 500 pages), qui sert l’idée d’errance existentielle et de progression tâtonnante, est un parti-pris qu’il me faudra peut-être revoir. Ce que vous estampillez redondance ne se voit pas lourdeur, mais tenture sur laquelle laisser se mouvoir des ombres, et se confirmer des silhouettes. Soumettre ma tentative de mise à mots ne revenait pas pour moi à escompter une validation sans discrimination. Je demandais simplement un avis faisant preuve de discernement, mais aussi de magnanimité. C’est le seul auquel j’accorde du crédit. Vous êtes en situation de plein pouvoir. Vous le savez. Exercée noblement (et légitimement), cette position implique de celui qui l’occupe une attitude de scrupuleuse, immuable et inconditionnelle déférence. Toute personne contrevenant à cette règle élémentaire abuse de sa fonction et commet une forme d’oppression. L’humanité, nichée à l’intérieur de chacun (de vous aussi) est sacrée et doit être respectée en toutes circonstances. Respecter ne veut, certes, pas toujours dire être gentil. Certaines vérités sont assurément arides et douloureuses, mais issues d’un état d’esprit sain, elles sont recevables et constructives. Vous avez le privilège d’officier au cœur de la littérature. Au-delà de l’accomplissement personnel que vous y trouvez, soyez aussi consciente des responsabilités qui sont les vôtres. Etre gardienne du sanctuaire ne vous oblige pas à l’extermination systématique des intrus. Vous pouvez aussi les inviter à passer leur chemin avec la bienveillance avisée et la fermeté des personnes compétentes et bien intentionnées.

Je vous envoie une enveloppe affranchie. Merci de me retourner de mon manuscrit.

Bien à vous, Alix

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