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Etre édité à 15, 16, 17 ans… Y’a-t-il un âge minimum pour être édité ?

 

Nombre de très jeunes gens me lisent. Je le sais, car ils m’envoient des
messages et certains imitent mon ” Stoni 1983 ” en signant ” Julien 1992 “, ” Claire 1990 “…

L’autre jour, j’ai eu un ” Jojo 1998 “.

1998, putain.

Ça m’a fait un choc. Je te jure.

Le mec, il est né l’année de la coupe du monde. Nom d’un topinambour,
le coup de vieux que j’ai pris ! Et maintenant, il est là, il me lit et il veut écrire des romans, ce gamin.

Merde !

De même, quand je vois l’âge de certains de mes lecteurs (pas tous,
heureusement j’ai des vieux aussi), je balise. Les responsabilités que ça me fait prendre ! J’ai peur d’exercer une mauvaise influence sur leur jeune esprit impressionnable.

Enfin. Fi de digressions.

Donc, ces jeunes gens de quinze, seize, dix-huit, vingt, vingt-deux ans,
m’écrivent de semblables messages :

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Salut Stoni toi qui assures trop ta race,

J’ai envie d’être écrivain comme toi ! J’ai écrit un roman mais j’ai 15
ans, tu crois que je peux essayer de me faire publier ? J’aurais trop le seum d’être trop jeune pour ça !

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Après avoir vérifié sur internet ce que signifie “avoir le seum”, vu que je
suis un vieux con de trente ans qui est complètement hors du coup, je prends le temps de répondre à cette affable jeune personne.

Voici donc mon avis sur la question.

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Techniquement, il est possible de se faire éditer à n’importe quel
âge.

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Attention : quand je parle d’édition sur ce blog, je parle
d’édition à compte d’éditeur chez une maison bien distribuée,
présente en librairie. Les autres formes d’édition (édition
numérique
, éditeur-pourri-qu’on-trouve-pas-ton-livre-en-librairie), je connais
pas, c’est pas mon rayon.

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Techniquement, oui, tu peux être édité à seize ans. D’ailleurs, ça fera un bon
argument marketing pour ton éditeur (” le benjamin de la rentrée littéraire “, ce genre de conneries).

Si tu souhaites être édité, tu peux donc tout à fait envoyer tes manuscrits
ici et là.

Le seul problème qui risque de se poser c’est qu’à seize ans, on a rarement
assez de pognon pour financer les photocopies et les envois postaux, mais c’est là une autre question.

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Après, je ne pense pas, tout à fait personnellement, que ce soit une
excellente idée.

Je vais t’expliquer pourquoi.

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Je me base sur ma propre expérience. Un autre auteur pourrait te tenir un
discours fort différent.

Mais, entre quinze et vingt-et-un ans, voire vingt-deux ans, j’aurais tendance
à conseiller aux auteurs de ne pas passer trop de temps à essayer d’être édité.

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Pourquoi ?

Parce que vous ne connaîtrez peut-être plus une période de telle énergie
créatrice. Vouloir être édité, être édité, c’est perdre beaucoup d’énergie, beaucoup de temps, pour des choses qui ne sont pas de la création proprement dite.

De quinze à vingt-deux ans, j’avais une frénésie imaginaire incroyable. Je ne
l’ai plus aujourd’hui. J’étais tout le temps en train de faire des choses, et je faisais des millions de choses. J’écrivais. Je dessinais. Je faisais de la musique. J’écoutais beaucoup de musique. Je n’arrêtais pas. J’avais tellement d’idées. Toujours des idées.

Tout était simple, tout semblait accessible. J’osais. J’avais des audaces
typiquement adolescentes, je me sentais d’une liberté totale, j’étais fertile. Vraiment fertile. Je me jetais dans des projets fous, dans des projets difficiles, rien ne me
retenait.

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Dans le documentaire ” profession mangaka “, la dessinatrice Kiriko Nananan exprime très bien ce privilège de la jeunesse.

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  Le passage en question est à 8:55

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De ce que j’ai réalisé à cette époque, rien n’a été publié.

Mais j’ai commencé à bâtir, à cerner, avec un courage et une force
inégalables, les thématiques que j’ai développées plus tard dans mes romans édités.

Si je n’avais pas eu ces années où j’ai créé pour moi, pour mes amis, mes
thématiques n’auraient pas été portées à une maturation suffisante, et, probablement, je n’aurais pas écrit les livres que j’ai pondus par la suite.

Je pense qu’il est important de laisser mûrir votre travail, votre univers
d’artiste. Un peu plus tard, vous serez capable de synthétiser toutes ces inspirations diverses et variées pour en faire quelque chose de vendable.

Car, quand on veut se faire éditer, il ne faut pas se voiler la face : on doit
vendre notre oeuvre. Comme un peintre vend ses tableaux.

Et pour vendre, il faut que ce soit travaillé un minimum.

J’ai écrit plus haut que mes productions de jeunesse n’avaient pas été
publiées. En l’état, elles n’étaient pas publiables. Je n’étais pas capable, à l’époque, de me consacrer à l’immense travail de réécritures, de relectures, de corrections, qu’un roman nécessite avant d’être présenté à des éditeurs. Je ne voulais pas perdre de temps sur cet ouvrage lassant, rébarbatif, monotone. J’avais bien trop d’idées pour m’attarder là-dessus.

C’est à vingt-trois ans que j’ai commencé à réfléchir sur un roman “pour me
faire éditer”, que j’ai eu la mentalité propre à un immense travail de forme et de fond. J’ai signé mon premier contrat d’édition quelques années plus tard.

Etre édité, essayer d’être édité, est un processus de longue haleine, qui pompe énormément d’énergie, de temps,
un peu d’argent aussi (pour les photocops et les envois par la poste). Je suis heureux de ne pas l’avoir fait trop jeune. D’ailleurs, je pense parfois que, même en ayant été édité entre 25 et 30
ans, j’étais encore trop jeune pour ça. Mal préparé, mal dégrossi, naïf, trop gentil, trop confiant.

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Alors imagine un peu à 15 ans…

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 Lire aussi l’article : trop vieux pour être édité ?

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